Le Maroc de l’après-corona selon Anis Birrou

16 Avr 2020 à 17:36 Société
Le Maroc de l’après-corona selon Anis Birrou

Le Maroc de l’après-corona se pense et se prépare aujourd’hui. Il se prépare en période de crise sanitaire, qui plus est, elle est planétaire. Il se prépare avec la lucidité nécessaire, mais aussi par les débats, les réflexions, le savoir, l’accumulation d’expériences à travers l’histoire et surtout par notre intelligence collective.

*Par Anis BIRROU

Le Maroc de l’après-corona se prépare avec la prise de conscience des changements importants auxquels assiste et assistera le monde. Le Maroc de demain sera forcément différent, dans un environnement différent et dans un monde transformé par l’ampleur, la dureté et l’étendue de la pandémie.

Les relations internationales ne seront plus les mêmes, les instances internationales seront appelées à réviser leur façon d’opérer, les groupements régionaux tireront les leçons qui s’imposent et évolueront dans le sens exigé par la nouvelle conjoncture. Il nous revient d’intégrer tous ces nouveaux paramètres dans notre débat et dans notre réflexion prospective.

Chaque pays a géré la crise et continu à la gérer à sa manière en tenant compte de ses contraintes, ses différences et ses spécificités.

Le Maroc grâce à Sa Majesté le Roi a agi bien très tôt. Les mesures ont été prises avec clairvoyance, audace et perspicacité. Ces mesures font maintenant la fierté de tout un peuple complètement mobilisé derrière son Roi.

Sa Majesté a œuvré pour préserver la vie des Marocains ainsi que leur dignité. Le sentiment partagé par tous nos compatriotes que ce soit à l’intérieur du pays ou ceux vivant à l’étranger est la fierté de se dire : ON EST MAROCAINS et de crier haut et fort la reconnaissance à Sa Majesté. L’unité de notre peuple face à cette pandémie force l’admiration. On est en train d’écrire une page de l’histoire de notre pays marquée par la clairvoyance d’un Roi, la solidarité des Marocains et le génie et l’intelligence de tout un peuple.

Nietzche a dit : « la crise qui ne tue pas rend plus fort », et le Maroc sortira plus fort de cette crise.
On reconnait les grands dans les moments de crises et aussi dans la pertinence des choix opérés. Et chacun saura se reconnaitre et mieux connaitre les vrais héros.

Le débat engagé maintenant pour l’après-corona est d’une grande utilité. Il permettra à l’intelligence collective et aux croisements d’idées et des points de vue d’enrichir davantage la réflexion.

Pour ma part, il me semble important de nous pencher sur les pistes suivantes pour préparer l’après-corona. Ces pistes sont au nombre de 10 :

• Le stratégique sectoriel

La question est d’actualité maintenant et est sur la table de tous les gouvernements. Au Maroc, les choix opérés par Sa Majesté le Roi se sont avérés vitaux lors de cette crise : la sécurité, la sécurité alimentaire, l’accélération industrielle … Maintenant encore plus qu’avant, il va falloir les consolider et les renforcer.

Que les marchés soient fournis continuellement en produits alimentaires n’est pas un hasard, c’est le fruit d’un choix, d’une politique et de la mise en œuvre efficace de cette politique.

La sécurité est synonyme de sérénité et de quiétude pour la population. Les autorités et les forces de l’ordre ont été applaudies par la population, signe d’une profonde reconnaissance.

L’accélération industrielle a préparé nos entreprises à être très réactives pour parer aux urgences. Ces dernières ont fait preuve d’une grande capacité d’adaptation.

L’après-corona doit conforter ces choix et œuvrer pour une pleine autonomie vis-à-vis des marchés extérieurs pour les produits stratégiques.

• L’investissement en période de crise

Tout le monde s’accorde à dire que la récession est inévitable, la question est de savoir comment inverser la tendance au plus vite ? Comment permettre à nos entreprises à être plus résilientes et supporter sans trop de dégâts les effets de la crise ?

Je pense s’il y a un seul objectif à retenir, ce serait d’œuvrer pour qu’il y ait zéro faillite d’entreprises à cause de la crise sanitaire. C’est principalement le rôle de l’État qui doit apporter son soutien aux TPE, PME, mais aussi aux locomotives de notre économie.

La crise pose de sérieux problèmes, mais aussi offre des opportunités. Le rôle de l’État et de notre tissu économique serait de les identifier et de les saisir, profiter des avantages comparatifs, de la situation géographique de notre pays, mais aussi anticiper les nouveaux besoins et accroitre les capacités d’adaptation et d’exploration. Le signal à donner est qu’on va sortir de la crise debout. Accepter de faire quelques sacrifices provisoirement et surtout garder la perspective de croissance et de développement.

Un des indicateurs les plus importants pour maintenir la confiance serait le niveau de l’investissement. Ce dernier doit émaner de l’État et du Privé. Le rôle de l’État est d’assurer le recours au financement en mobilisant les possibilités offertes à l’international. Notre pays jouit d’une grande stabilité, de la solvabilité et de la crédibilité qui faciliterait le recours aux financements extérieurs. Les banques aussi doivent être plus entreprenantes, elles ont le devoir d’accompagner nos entreprises par des instruments de financement adaptés.

• La santé : un secteur vital

Dans beaucoup de secteurs, le Maroc a été capable de rivaliser avec les meilleurs, ce qui n’est pas le cas malheureusement du secteur de la Santé. Ce n’est pas uniquement une question de moyens, d’autant plus que l’État a fait des efforts considérables ces dernières années pour doter ce secteur de moyens indispensables à son bon fonctionnement. On est conscients que le système aujourd’hui n’est pas à la hauteur de notre ambition. Des efforts doivent être déployés au niveau de son organisation, son fonctionnement, sa gouvernance et du renforcement de ses ressources à la fois humaines et matérielles.

Le bienêtre de nos concitoyens se mesure par la confiance qu’ils peuvent avoir dans notre système de santé. Il devient urgent de bâtir cette confiance, par la qualité des prestations, l’humanisation des espaces hospitaliers, la mise à disposition du matériel et des équipements nécessaires et par des formations adaptées et de qualité.

• Une école sans murs

La crise du corona l’a montré, il faut impérativement passer à la vitesse supérieure dans l’enseignement à distance. Il est tout aussi nécessaire de reprendre les programmes et les méthodes d’enseignement, axer essentiellement sur les valeurs, la curiosité scientifique …

L’égalité des chances doit être assurée à tous les élèves en investissant dans le matériel nécessaire à cet effet. L’enseignement à distance permet une transparence qui incite à l’effort et à l’excellence. Il faut également accompagner ce programme par la formation des enseignants et des cadres administratifs.

Il va falloir s’attendre à ce que tous les systèmes d’enseignement soient bouleversés au niveau international. Des comparaisons seront faites à ce niveau, et on a tout intérêt à ce que le nôtre soit de qualité, et qu’il puisse rivaliser avec les meilleurs.

L’impact de ce nouveau système sera perceptible sur l’organisation de notre société, dans sa globalité, mais aussi au niveau de la cellule familiale.

• La recherche scientifique et l’innovation

Aujourd’hui, encore plus qu’avant, la recherche scientifique est une nécessité et non un luxe, comme le prétendaient certains. Il s’agit de construire une société de savoir, de l’intelligence et de l’innovation. Il faut préparer nos élèves et nos étudiants à une véritable culture de la recherche et développer les conditions de l’émergence d’une véritable communauté scientifique au fait des défis d’aujourd’hui et de demain.

Ce n’est pas uniquement une question de moyens, mais aussi et surtout d’approche et de gouvernance. La recherche appliquée doit être une réalité dans nos universités et nos écoles supérieures.

• Le travail à distance (télétravail)

A-t-on vraiment besoin que tous les fonctionnaires et employés se déplacent à un lieu physique de travail et supporter des distances à parcourir avec tout le temps passé dans le transport ?
Il est temps que nos administrations et nos entreprises se préparent à un nouveau mode de fonctionnement par le télétravail. La crise corona a montré qu’il est possible de travailler à distance et parfois travailler mieux.

Je pense que ce serait l’un des plus grands changements dans notre façon de travailler, avec tout l’impact économique, social et psychologique que produirait un choix pareil. Il est devenu impératif d’orienter nos structures vers ce nouveau mode et à préparer notre société à ces changements.

• La cohésion de notre société

Ceci implique l’importance à accorder à la culture dans notre pays. C’est vrai qu’on veut être performant économiquement, encourager l’investissement, créer de la richesse, améliorer le revenu de nos concitoyens, il est tout aussi important de bâtir une société de cohésion, de bienêtre, d’estime de soi et de fierté d’appartenir à la Nation.

C’est pour cela que je suggère que l’après-corona, doit consacrer une place de choix à la culture dans son sens le plus large : nous avons notre identité riche par la diversité de ses composantes, une civilisation et une histoire millénaire et nous avons notre art et notre créativité, éléments essentiels pour un équilibre harmonieux.

• La Lutte contre la précarité

Le Maroc dispose de bons programmes pour la lutte contre la précarité et l’exclusion, des moyens importants ont été mobilisés à cet effet. Il n’en demeure pas moins vrai que beaucoup de nos concitoyens vivent encore sous le seuil de la pauvreté.

Ceux-là ont été les plus affectés par les effets de la crise sanitaire en cours. Heureusement que des mesures ont été prises pour les accompagner et les aider en cette période de crise.
Dans l’après-corona, je suggère de faire évoluer ces programmes pour davantage de ciblage et de synergie.

• La réhabilitation du service public

Je pense qu’il est nécessaire de renforcer le rôle de l’État particulièrement dans les secteurs de la santé et de l’enseignement. Ces deux secteurs vitaux pour l’avenir de notre pays, pour le bienêtre de nos concitoyens et pour la préparation des générations futures sont de la responsabilité de l’État. La qualité des prestations dans ces deux secteurs doit être au moins du même niveau que celles du privé, sinon plus meilleur.

D’ailleurs, la crise corona a montré clairement le rôle essentiel et névralgique de l’intervention des pouvoirs publics dans ces deux secteurs (mobilisation des hôpitaux publics et efforts exceptionnels pour faciliter l’enseignement à distance).

• Le politique

J’ai laissé le volet politique pour la fin. Il revêt autant d’importance que toutes les pistes évoquées ci-dessus.
À mon avis, le politique doit savoir s’adapter au nouveau contexte de l’après-corona. Le citoyen marocain sera différent. Ses exigences, ses attentes, sa perception de la politique vont énormément changer. Il nous revient, nous acteurs politiques, de faire évoluer notre discours, nos programmes, nos actions et notre façon de faire de la politique.

Il s’agit dans cette contribution de propositions de pistes qui nécessitent certainement d’être approfondies, discutées et enrichies. Notre plus grand atout est la force de caractère d’un peuple conduit par un grand Roi SM Mohammed VI, que Dieu L’assiste.

J’AI CONFIANCE EN MON ROI. J’AI CONFIANCE EN MES COMPATRIOTES. UN MAROC PLUS FORT, PLUS SOLIDAIRE VERRA LE JOUR APRÈS CETTE CRISE. J’EN SUIS CONVAINCU. 

*Contribution à la plateforme maba3d-corona.com 

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