Analyse: Une transmission du coronavirus dans l’air ambiant est possible

06 Avr 2020 à 17:03 Santé
Analyse: Une transmission du coronavirus dans l’air ambiant est possible

Selon les études et analyses avancées depuis le début de la pandémie du coronavirus en Chine, le Covid-19 se transmettrait d’homme à homme, et est disséminé à travers notamment les gouttelettes provenant d’une toux ou d’un éternuement.

Ainsi, plusieurs campagnes de sensibilisation ont été lancé livrant les conseils préventifs à suivre, notamment se laver les mains plusieurs fois par jour, stériliser les surfaces, respecter les gestes barrière…etc.

Cependant, l’Association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS) a attiré l’attention, par la voix de sa présidente, Dr Moussayer Khadija, spécialiste en médecine interne et en gériatrie, sur la publication ces derniers jours de données suggérant que la transmission du virus dans l’air ambiant est possible.

L’AMMAIS revient ainsi sur un rapport de « National Academies of Science, Engineering and Medicine » des États-Unis, qui aurait transmis au gouvernement américain le 1er avril courant, un document soulignant que de « récentes études inclineraient à penser que la contagion s’effectue aussi par une transmission du virus via l’air expiré par les gens (les «aérosols»), et non plus seulement par les gouttelettes et postillons expulsés vers le visage d’autres personnes ou sur des surfaces».

«Le Covid-19 serait donc susceptible de se transmettre quand les gens parlent et respirent, mais on ignore encore si cela représente quantitativement une voie importante de transmission», estime Dr. Moussayer dans la note d’AMMAIS.

Mais pas que ! Pour appuyer ses propos, Dr. Moussayer poursuit que dans une étude toujours en cours, des chercheurs de l’université du Nebraska ont retrouvé en quantité des portions du code génétique du virus (ARN) dans l’air de chambres où étaient isolés des patients ainsi que sur 75% des surfaces (toilettes, rebords des fenêtres, cadres des lits…).

Cela dit, «trouver ce matériel génétique ne signifie pas nécessairement qu’il existe un virus viable capable de rendre malade quelqu’un, mais certaines preuves préliminaires indiquent que cela pourrait bien être le cas», selon les scientifiques de l’université du Nebraska, souligne Dr. Moussayer.

Autre argument avancé par Dr. Moussayer est que des chercheurs de l’université de Hong Kong ont récemment constaté que le port de masques réduisait la quantité de coronavirus expirée par des malades. D’autres études menées à Wuhan en Chine ont mis en évidence des concentrations élevées du coronavirus dans diverses pièces d’hôpitaux et, notamment dans les toilettes et les salles où les soignants enlevaient leurs équipements de protection.

«Si le coronavirus est en suspension dans l’air et se transmet par voie aérienne dans certains cas (certainement minimes), cela pourrait aider à comprendre pourquoi il est si contagieux. Les personnes infectées mais sans symptômes, seraient susceptibles d’être responsables d’un grand nombre de contagions, à leur insu. Cela expliquerait aussi la naissance et la propagation foudroyante de foyers infectieux lors de regroupements de personnes», estime la spécialiste.

Elle poursuit ainsi qu’un rassemblement religieux évangélique de plus de 2500 fidèles dans l’est de la France à Mulhouse, en février, aurait entraîné la contamination foudroyante de 1.000 à 2.000 personnes. Ces fidèles venus de toute la France, de l’Outre-mer et de l’étranger ont  ensuite fait essaimer des nombreux foyers infectieux importants, notamment en Corse et en Guyane.

Tout en rappelant que même au Maroc, la région de Fès-Méknès a connu une explosion des cas de coronavirus dont l’origine proviendrait du retour d’un voyage organisé en Egypte, elle souligne que tous ces travaux et recherches en cours « ne suffisent pas pour affirmer que le virus se transmet par l’air mais ils ne permettent pas non plus d’indiquer avec certitude le contraire».

«Au demeurant, face aux avis contradictoires des scientifiques, il est impératif en l’état de respecter strictement les gestes barrière et surtout la distance d’un mètre pour nous prémunir des risques de l’air expulsé par la bouche et le nez d’un interlocuteur», conseille-t-elle.

Elle revient ainsi sur l’expérience asiatique, et comment les Chinois ont bien pris au sérieux cette hypothèse de la transmission aérienne dans certaines de leurs recommandations (traduites), ce qui a poussé d’ailleurs l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques à s’inspirer de cette expérience pour signaler ce risque de contamination dans son guide des mesures de prévention.

In fine, l’AMMAIS, à travers sa présidente Dr. Moussayer estime que «ce débat remet par contre sur le tapis l’épineux problème du port du masque, même artisanal», notant que «les scientifiques chinois ont réaffirmé sa nécessité à l’ensemble de la population, notamment pour éviter la transmission par les porteurs sains».

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