Coronavirus: Quelle sera la situation du Maroc dans les prochains jours?

04 Avr 2020 à 15:08 Société
Coronavirus: Quelle sera la situation du Maroc dans les prochains jours?

Alors que le Maroc est passé à la deuxième phase de l’épidémie en enregistrant plusieurs cas locaux et une montée du nombre de décès des suites du Coronavirus, la situation inquiète les citoyens qui aimeraient connaitre les tendances de l’épidémie dans le pays. Pour répondre aux interrogations des Marocains, Hespress FR a contacté Mohamed El Youbi, directeur du département d’Epidémiologie et de lutte contre les maladies au ministère de la Santé.

En confinement sanitaire strict imposé par l’Etat depuis début mars, au moment où l’épidémie du Covid-19 commençait à toucher de plein fouet les pays européens, les Marocains pour qui, la plupart n’ont jamais vécu de leur vie une situation similaire, s’impatientent et voudraient connaitre les tenants et aboutissants de la situation.

Quelles sont les prévisions du Maroc en termes de nombre de cas du coronavirus et combien de morts à minima et maxima ?

 « Les prévisions qu’on à ce stade sont très grossières. Nous attendons les données de la fin de cette semaine pour pouvoir affiner les résultats et on pourra avoir des prévisions assez précises. Pour le moment, dans nos prévisions, entre le minimum et le maximum (l’intervalle de confiance) il y a un trop grand écart parce qu’il y a certaines données que nous n’avons toujours pas et parmi ces données-là, se trouve l’état des cas qui seront enregistrés ces 4 à 5 jours à venir, et c’est ce qui va nous permettre d’y mettre une échelle à notre modèle mathématique qui, nous donnera une idée des résultats après les premières mesures comme la fermeture des écoles et des lieux de rassemblement.

Cela va nous donner également une idée plus précise des premiers indicateurs qui concernent le confinement sanitaire. Quoi qu’il en soit, toutes nos prévisions indiquent qu’il y a une grande probabilité que la situation au Maroc sera meilleure que celle des pays européens. »

Actuellement nous sommes au stade 2 de l’épidémie, va-t-on échapper au stade 3?

 « Non je ne dis pas ça. Sur le plan épidémiologique, nous l’avons prévu depuis le début, que nous allions passer à la deuxième étape, et nous avions dit qu’il y avait une probabilité modérée à ce que nous passions à la troisième étape de l’épidémie. C’est surtout l’intensité de la troisième phase » qui devrait être différente.

La troisième phase ne se compte pas avec « avec le nombre de cas, il s’agit de sa propagation sur un large territoire. Mais quand on dit ça, ça veut dire automatiquement dire qu’il y aura plusieurs cas et ça se compte par des dizaines de milliers de cas. Et c’est sur la question de ces dizaines de milliers de cas que nous avons estimé que la probabilité n’était pas forte. Mais sur le fait qu’il y ait une propagation élargie et qu’il soit possible de trouver le virus facilement, c’est inéluctable, parce que le virus se propage malheureusement par contact, quand on touche les poignées, les surfaces, les objets, les produits etc. C’est pour cela que ces 5 jours seront déterminants pour le modèle mathématique parce que cela nous montera si les mesures entreprises ont été payantes. Et il y a de fortes chances qu’elles aient un impact sur nos prévisions ».

Quand est-ce qu’on peut s’attendre au pic de l’épidémie au Maroc ?

« Il est difficile pour nous en ce moment de dire quand est-ce que le pic aura lieu. Ce qui est sûr c’est que nous sommes toujours, même s’il y a des écarts dans les chiffres, dans une tendance d’augmentation.

Les citoyens ne doivent pas se faire d’illusions et penser que la semaine prochaine ça ira mieux et qu’il n’y a pas s’inquiéter. Il faut que nous fassions très attention, ces mesures et ces précautions doivent être maintenues et même au sein des domiciles, dans les familles. Il y a des personnes dans les familles qui sortent (pour travailler ou pour faire des courses, ndlr) donc il faut prendre des précautions entre les membres d’une même famille.

Nous conseillons aux citoyens de prendre les mesures nécessaires et d’être patients. Il vaut mieux que nous soyons patients maintenant et encore un peu, au lieu de se relâcher et qu’on se retrouve dans un scénario de crise encore pire que celui-ci ».

Les citoyens estiment qu’il devrait y avoir plusieurs cas non déclarés dans le pays. Pourquoi ne pas faire de dépistage massif et national ?

« Il faut éclaircir ce point. Il n’y a aucun pays qui a fait un dépistage national. Ce n’est pas réalisable et ce n’est pas réaliste. Nous ne sommes pas dans la logique du dépistage, on est dans la logique de la détection rapide. Quand on fait un dépistage, cela sous-entend qu’on va aller chez des personnes qui ne présentent aucun symptôme et les soumettre au test, cela se fait pour d’autres maladies. 

Dans la science de la santé publique et de l’épidémiologie, lorsqu’on entre dans une étape d’épidémie, là nous sommes dans l’étape de pandémie mondiale, le principe c’est de ne pas faire les tests laboratoires de tous les cas, (…) pour l’instant nous sommes dans la logique de test en laboratoire après manifestation de signes cliniques. Nous ne voulons pas recourir à des tests dont la fiabilité n’est pas sûre à 100%. Nous utilisons la PCR (l’amplification de l’ADN, ndlr), c’est ce qu’il y a de meilleur et c’est la technique la plus fiable.

Pour parler dans un langage plus simple, si nous faisions un dépistage sur une personne qui ne présente aucun signe et que le résultat se révèle positif, le résultat c’est que cette personne devra être mise en isolation puisque nous voulons isoler le virus et l’empêcher de se propager. Nous sommes déjà dans ce cas de figure puisque nous sommes tous en confinement et tout le monde est supposé l’appliquer! C’est pour cela que lorsque je vous dis que si l’on patiente et on applique ces mesures d’isolation comme il se doit, cette vague va passer rapidement et avec facilité. Les gens ne doivent pas prendre trop de confiance et penser que nous avons dépassé cette étape ».

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