Récession, sécheresse, psychose collective… le CMC dissèque

24 Mar 2020 à 16:44 Economie
Récession, sécheresse, psychose collective… le CMC dissèque

Sans précédent, le choc économique engendré par la pandémie du coronavirus (covid19) a provoqué de profonds changements dans les comportements des individus, des opérateurs économiques et des gouvernements à l’échelle planétaire et a remis en cause la mondialisation et ses bienfaits sur les économies des pays. Hespress FR propose l’analyse contenue dans la dernière note du Conseil marocain de la conjoncture (CMC), consacré non seulement à l’évaluation d’impact de la pandémie du coronavirus (covid 19) sur l’économie mondiale et nationale, mais aussi aux effets de la sécheresse sur la campagne agricole, moteur de croissance au Maroc.

Le Conseil dirigé par Ahmed Laaboudi rappelle que ma pandémie s’est déclenchée en décembre 2019 à Wuhan en Chine, l’un des deux principaux épicentres de l’économie mondiale avec de nombreux décès et un confinement total.

Atteinte de plein fouet, l’Italie a elle aussi été entièrement mise sous cloche. Les autres pays de l’Euroland infectés (la France, l’Espagne, l’Allemagne, la Belgique…) ont fermé leurs frontières pour essayer d’endiguer la propagation du virus. Le reste du monde touché, compte ses morts.

Le « bioterrorisme » est né

« Un climat de terreur et de phobie s’installe dans tous les coins du monde, bouscule et presse les gouvernants à prendre des dispositions rapides pour stopper l’invasion de la maladie », explique la note qui insiste particulièrement sur la fermeture des frontières pour toute mobilité de biens ou de personnes. Soit un précédent dans l’ère de la globalisation tous azimuts.

« Les chaînes d’approvisionnement des industries sont soumis à une rude épreuve et les entreprises de certains secteurs d’activité commencent déjà à réfléchir comment réduire la voilure. Les marchés mis sous pression par le ralentissement voire l’arrêt de l’économie chinoise se sont affolés et ont affiché des évolutions dont les ampleurs étaient inattendues », souligne le CMC, précisant que l’effondrement des cours le plus spectaculaire a concerné le marché du pétrole.

Nous sommes passés d’environ 65 dollars le 15 janvier, à 26,46 dollars le 19 mars 2020, souligne-t-il.

Outre l’impact du coronavirus et l’affaiblissement de l’économie chinoise qui pèse plus de 14% dans la consommation mondiale du pétrole, cette descente vertigineuse des cours a été provoquée aussi et concomitamment par la situation conflictuelle qui s’est déclarée entre les trois principaux producteurs les États-Unis, la Russie et l’Arabie saoudite pour des visées économiques et géostratégiques.

De grandes incertitudes et des interrogations légitimes commencent à se poser sur de quoi demain sera fait ?

Et le Maroc alors ?

Proches voisins et premiers partenaires commerciaux du Maroc, les européens de l’Union, via la Banque Centrale Européenne, ont débloqué une enveloppe de 750 milliards d’euros pour alléger un tant soit peu les retombées néfastes de cette crise sanitaire sur les économies. Retenons la France et l’Espagne principaux fournisseurs et clients du marché national.

La France qui a décrété l’état d’urgence sanitaire a aussi établi un plan avec un budget de 45 milliards d’euros destiné à atténuer les conséquences de la maladie sur l’économie et 2 milliards pour essayer d’enrayer la pandémie.

L’Espagne a alloué un budget de 100 milliards d’euros pour soulager ses entreprises. Les autres pays d’Europe ainsi que les États-Unis ont opté pour des plans d’urgence similaires avec des budgets aussi importants.

Face à ce redéploiement de ressources financières jamais constatés auparavant, le Maroc n’est pas en reste puisque l’Exécutif a alloué une enveloppe budgétaire de 10 milliards de DH dont 5 milliards sont réservés pour contrecarrer la pandémie et les 5 autres pour soutenir les activités économiques impactées.

Rareté rime avec solidarité

Dans un élan de solidarité largement relayé par la presse marocaine, le tout juste créé fonds spécial pour la gestion de la pandémie covid19 a été renfloué en l’espace de 48 heures d’un montant supérieur à 10 milliards de DH. Entreprises et institutions privées et publiques, ainsi que des particuliers bénévoles figurent parmi les bailleurs de fonds.

Le CMC estime, dans cette conjoncture internationale déprimée et altérée par l’ampleur de la crise sanitaire, que « l’économie nationale va être impactée sérieusement de par son ouverture et ses interdépendances avec le monde extérieur ».

L’Observatoire privé et indépendant de l’ économie marocaine spécialisé dans l’analyse et le suivi de la conjoncture fait remarquer que notre économie « se trouve prise en tenaille entre les effets dévastateurs du coronavirus et la contre performance quasiment connue du secteur agricole ». Aujourd’hui, le sérieux déficit pluviométrique constaté au cours des derniers mois préfigure d’une mauvaise campagne agricole dont l’ampleur a déjà poussé le ministère de tutelle à mettre en œuvre un Plan d’urgence pour pallier le manque d’eau et protéger le cheptel.

Dessiner un lendemain économique

Compte tenu de la singularité de l’exercice 2020, le CMC dégage 5 hypothèses qui ont présidé à l’établissement des prévisions exploratoires pour l’économie marocaine. Elles sont bien évidemment conditionnées par les développements rapides des événements, et par voie de conséquence, « demeurent assez fragiles » selon ses propres concepteurs.

Il y a d’abord l’hypothèse centrale, qui considère que la crise sanitaire prendrait fin au milieu de l’année et que la reprise devrait se faire progressivement sans à-coups.

Autre cas à envisager, que la campagne agricole 2019- 2020, assez sèche finalement, produirait un affaissement notable de la production céréalière qui ne dépasserait guère les 40 millions de quintaux selon les estimations du CMC.

La baisse du taux directeur, décidée par Bank Al Maghreb, d’un quart de point ne produirait « aucun effet immédiat sur l’économie réelle », juge le Conseil.

Mais par contre, la politique budgétaire largement accommodante initiée par la création du fonds spécial de gestion de la pandémie du coronavirus et la solidarité agissante des marocains pourrait « bien faire éviter la faillite à un bon nombre d’entreprises et sauver des emplois », soutient la même source.

La note n’exclue pas d’autres hypothèses dites « conventionnelles », et qui tableraient sur un redressement du prix du pétrole au milieu de l’année pour se stabiliser autour de 50 dollars après la chute qu’il a accusé au dessous de la barre des 30 dollars.

Ce dernier cas de figure suppose que l’inflation resterait contenue à un niveau assez bas. Elles présument aussi que la parité du dirham pencherait plus vers une réévaluation vis-à-vis du dollar et connaîtrait une dépréciation par rapport à l’Euro. C’est l’élargissement de la bande des fluctuations possibles concernant les termes de change qui permet aux économistes du CMC d’émettre une telle hypothèse.

Croissance nulle : quel impact ?

La configuration des prévisions sectorielles retenues pour le scénario de référence (à savoir l’hypothèse « centrale » expliquée ci-haut) a permis au CMC de dégager un taux de croissance conjecturable du PIB à prix constants d’environ 0,8% pour l’exercice 2020.

Cette contre-performance économique devrait découler du « retrait de l’ensemble des secteurs sous les effets multiples déclenchés par le Covid19 », mais aussi, en ce qui touche les rapports humains, de « la psychose et de la perte de confiance », en passant par les restrictions des déplacements et le confinement pour arriver au stade de l’état d’urgence sanitaire.

En dehors du secteur agricole qui devrait afficher une diminution de sa valeur ajoutée en volume d’environ 3% en raison des conditions climatiques pernicieuses enregistrées durant l’hiver, les autres secteurs devraient pâtir des dégâts causés par la pandémie, et ce à des degrés divers en accusant un ralentissement ou carrément une baisse de l’activité.

Le CMC retient le secteur de l’hébergement et la restauration figure parmi les activités les plus touchées. Sa valeur ajoutée en termes réels devrait fléchir d’environ 25 % tant la reprise serait lente et difficile.

Le secteur secondaire s’enlise davantage

Les services de transport aussi bien aérien, ferroviaire que routier devraient marquer le pas et leur valeur ajoutée globale connaîtrait une « stagnation en glissement annuel ».

Quant au secteur de l’industrie extractive, il devrait subir l’impact du rétrécissement des marchés extérieurs induit par le mouvement dépressif de l’économie mondiale. Le rythme de sa croissance pour 2020 connaîtrait un ralentissement et serait « amputé de moitié comparativement avec celui de l’année écoulée qui serait de l’ordre de 5% », selon la note.

Dans cette texture anticipée de la croissance de l’économie nationale pour l’année 2020, la contribution des activités des industries manufacturières resterait modeste et se situerait en deçà des 2% aux termes de l’année.

Le décret-loi sur l'état d'urgence sanitaire publié au bulletin officiel