Dialogue social : Les syndicats attendent (toujours) un signe du gouvernement

07 Sep 2018 à 16:00 Politique
Dialogue social : Les syndicats attendent (toujours) un signe du gouvernement

Les syndicats attendent toujours. Ils se sont vus promettre, à travers plusieurs canaux, la reprise du dialogue social en septembre. Les délais sont là, et l’attente aussi. Le mutisme gouvernemental en inquiète plus d’un, à commencer par Enâam Mayara, secrétaire général de l’Union Générale des Travailleurs du Maroc (UGTM).

Le silence du gouvernement perdure

Contacté par Hespress FR, ce dernier fait savoir: « Nous n’avons pas été contacté de manière officielle pour fixer un rendez-vous en vue d’établir un agenda du dialogue social. Nous attendons, en prenant en considération que le chef du gouvernement avait évoqué la rentrée ».

Il affirme ignorer les raisons de ce retard, « peut-être dû au fait que le d’août est celui des vacances ». Toutefois, Mayara ne cache pas son souhait d' »entamer le dialogue dans les plus brefs délais, conformément au contenu du discours royal du 29 juillet dernier ».

En effet, en évoquant dans son discours du Trône, la nécessité de l’aboutissement du dialogue social, le Roi avait utilisé « la célérité » comme mot clé. Et la balle a été clairement jetée dans le camp d’El Othmani. « Je le dis au gouvernement : le dialogue social est un devoir et une nécessité ; il convient de l’instaurer et de le maintenir dans la durée et sans aucune interruption. Et Je lui dis également qu’il doit rencontrer régulièrement les syndicats et communiquer constamment avec eux, indépendamment de l’issue éventuelle de ce dialogue », avait notamment dit le Monarque.

Mais pour Abdelkader Zair, secrétaire général de la Confédération Démocratique du Travail (CDT), le « camp d’en face » ne veut toujours pas jouer le jeu. « Cette année, il n’y a pas eu, encore une fois, d’initiative qui puisse faire table rase du passé. Le dialogue avec le gouvernement actuel est toujours au point mort ».

Le secrétaire général de la CDT fait part à Hespress FR de son ras le bol et celui de son organisation. « Les deux gouvernements du PJD ont longtemps manœuvré pour se dérober et n’ont pas émis de suggestions utiles pour répondre aux revendications. Ceci  a abouti à l’aggravation de la tension sociale, et les travailleurs ont trinqué », explicite-t-il.

Il précise que « le bureau exécutif de la Confédération s’était réuni le 5 septembre. Il avait réitéré son refus de +la maigre offre gouvernementale+ et appelé à la tenue d’un +dialogue social institutionnalisé et responsable+.

« C’est un ordre venant du Roi, et non du ministère de l’emploi ou d’un quelconque officiel. C’est le Chef de l’Etat qui ordonne que le dialogue social soit tenu. Nous attendons toujours, mais il est grand temps d’y procéder. Le gouvernement doit honorer ses dettes. Comme il le fait pour les créanciers, cette fois il doit le faire pour le prolétariat », poursuit Zair.

Selon lui, l’incapacité du gouvernement à tenir ses promesses peut menacer une condition sociale saine et propice à l’économie, car les obstacles d’hier ont pris en volume aujourd’hui. « A côté des requêtes salariales, il existe de nombreux problèmes au volet des libertés syndicales, de licenciements des travailleurs et de leur suspension, d’abus pratiqués sur eux, des conditions de travail… Le Roi, lui-même, s’est rendu compte de cette situation et a invité à la tenue urgente du débat social (…) mais le gouvernement s’obstine à garder le silence », résume le secrétaire général de la CDT.

L’augmentation des salaires à la tête des revendications 

Si le syndicaliste fait part autant de critiques, c’est que le dialogue social vit une inertie effective depuis le célèbre accord du 26 avril 2011. Vous aurez reconnu l’année, symbole d’un temps où l’ébullition battait son plein dans la région. La situation avait grandement profité au syndicats pour s’adjuger plusieurs acquis en faveur de la classe moyenne (insertion directe dans les rangs de la fonction publique, augmentations notables dans les salaires, etc).

Mais depuis, plus rien de significatif. « Les salaires n’ont pas augmenté depuis 7 ans, ne serait-ce que d’un centime. Au contraire, la réforme des systèmes de la retraite a abouti à une hausse des prélèvements », déplore Mayara.

A la tête des dossiers pressants sur la table du gouvernement se trouve l’amélioration du revenu de la classe ouvrière marocaine, « cruciale », selon le secrétaire général de l’UGTM que ce soit au profit des employés du secteur public ou du secteur privé. « Nous exigeons cela, bien sur, en prenant considération la situation économique du pays, et nous sommes prêt à contribuer de notre mieux à la réussite de ce dialogue. Mais, que sept ans passent sans améliorations dans ce sens, c’est inconcevable », estime-t-il.

De même, Mayara exige de parler « d’un agenda spécifique au dialogue social et de son institutionnalisation, comme explicité dans le discours royal qui a appelé à son maintien dans la durée ».

Les syndicats, à l’unanimité, exigent qu’il soit institutionnalisé dans le cadre de ce que qui a été suggéré au chef du gouvernement, « sous forme d’une haute autorité de consultation autour du dialogue social et qui se réunissent non seulement en ce qui relève des affaires de la classe ouvrière, mais aussi des différentes politiques publiques à impact social, et que les syndicats sont une composante de la consultation préalable en ce qui concerne ces politiques », explique le syndicaliste.

« Nous ne sommes pas des partis politiques pour qu’on parle de majorité et d’opposition. Nous défendons les travailleurs qui sont une partie de cette nation, et le gouvernement se doit d’écouter les représentants de cette classe avec attention et efficacité », poursuit-il, soulignant à cet égard les méfaits que peut induire la politique de la sourde oreille.

Et de conclure: « Parler en l’air nous fatigue, fatigue le gouvernement, et nous fait perdre en crédibilité face aux gens, et un jour, peut-être, le gouvernement se retrouvera à la rue à cause de ça ».

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