Décès d’une infirmière dans un accident d’ambulance: le corps médical crie son indignation

20 Fév 2020 à 08:11 Société
Décès d’une infirmière dans un accident d’ambulance: le corps médical crie son indignation

L’opinion publique a encore une fois été secouée par un tragique événement lié à nos routes. Il s’agit d’un accident d’ambulance, qui transportait une patiente, sa maman et une infirmière en plus du conducteur, et qui s’est renversée sur de la route reliant la province d’Assa-Zag à Guelmim-Oued Noun à Agadir.

L’accident a causé le décès immédiat de l’infirmière et la maman de la patiente, tandis que cette dernière qui souffre de blessures légères et le conducteur, gravement blessé au niveau de la colonne vertébrale, ont été transportés à l’hôpital Hassan II d’Agadir.

Selon les dernières informations parvenues à Hespress Fr de source sûre, l’état du conducteur est alarmant puisque la fracture se positionne au niveau de la colonne vertébrale. La patiente, quant à elle, a reçu les soins nécessaires au sein de l’établissement cité, et a quitté les lieux ce mercredi 19 février.

Un événement tragique qui a bouleversé non seulement l’opinion publique, mais l’ensemble du corps médical du Royaume, mettant ainsi le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, dans une mauvaise posture, surtout après que les syndicats aient vivement critiqué son message de condoléances adressé aux familles des deux victimes.

Touché par ce drame, le syndicat national de la Santé affilié à la CDT, a exprimé sa « colère » quant à la « hausse du nombre des victimes liée au devoir professionnel et national à cause des transports de santé » et considère que cela est dû à « l’absence d’une volonté politique pour faire de la santé une priorité ainsi que l’absence de conditions convenables de travail pour les professionnelles du secteur ».

Du côté des infirmiers, l’annonce du décès de leur consœur suite à cet accident terrible a été à l’origine d’une grande colère et indignation. Tout en consolant les familles des deux victimes, le mouvement des infirmiers et techniciens de santé du Maroc (MITSM) a rappelé dans une déclaration à Hespress Fr le nombre d’infirmiers et techniciens de santé ayant perdu la vie sur les routes dans l’exercice de leur devoir.

« La perte de la martyre du +devoir humanitaire+, l’infirmière en anesthésie et réanimation, Radoua Laâlou, à la suite d’un accident alors qu’elle accompagnait une patiente vers l’hôpital d’Agadir, vient s’ajouter à la liste des victimes au service de l’humanité, comme l’infirmière Imane Oublouch décédée en février 2012, Mohamed Azirar, décédé en décembre 2015 ou encore Saadia Jidour décédée en novembre 2017, sans oublier le reste des victimes qui souffrent jusqu’à présent d’handicaps permanents ou de graves fractures », nous a déclaré avec tristesse Youness. J membre du MITSM.

Aussi accablé qu’exaspéré, notre interlocuteur nous explique que cela fait des années que les infirmiers du secteur public se plaignent du problème du transport de santé, soulignant qu’il n’y a « aucun cadre réglementaire qui régit le transport des patients par ambulance, ou les conditions de leur transport ».

Autre point très important soulevé par Youness. J., la formation des conducteurs d’ambulance. Comme nous le constatons au quotidien, la grande majorité des chauffeurs d’ambulance se contentent uniquement de conduire, alors qu’ils doivent être formés au préalable pour occuper le poste.

En effet, d’après notre interlocuteur, il y a une formation spéciale des techniciens d’ambulance qui leur permet d’avoir une certaine connaissance médicale, notamment la manière de transporter un patient, de le secourir en cas de besoin ou si l’infirmier ou le médecin qui l’accompagne a besoin d’aide.

D’autre part, Youness. J soulève la question des ambulances non équipées. « Le ministère de la Santé avait mis en place une unité spéciale appelée SMUR (structures mobiles d’urgence et de mobilisation) ainsi que des ambulances équipées, appeléesService d’aide médicale urgente (SAMU) ».

Une unité d’aide d’urgence et des ambulances équipées qui ne sont, malheureusement pas, disponibles dans toutes les régions nous indique-t-il. « Il y a encore 4 ou 5 régions qui ne bénéficient pas de ces ambulances, notamment la région de Guelmim Oued Noun d’où est originaire la patiente en question».

Et d’ajouter que « le problème, c’est qu’il y a même des régions qui disposent de ces unités et ambulances, mais qui n’en profitent pas puisqu’il y a toujours des contraintes au niveau de leur employabilité ». Pour lui,  « c’est les régions enclavées et lointaines qui doivent avoir la priorité de disposer des SMUR et SAMU puisque les grandes villes sont déjà bien servies dans ce sens ».

Le plus intriguant dans cette affaire, fait remarquer notre interlocuteur, est que « ce type de service, à savoir le transport d’une patiente d’une ville à une autre, surtout s’il s’agit d’un long trajet comme ce cas-là, se faisait via un hélicoptère, mais le nouveau ministre, Khalid Ait Taleb, a mis fin à cette pratique », souligne-t-il.

« On ne peut pas transporter un patient d’une ville à une autre sans qu’il y ait les moyens nécessaires pour. Déjà le fait de le transporter d’un hôpital à un autre veut dire que son état est grave et nécessite un traitement qui n’est pas disponible dans le premier hôpital. Et le transporter dans une ambulance qui ne dispose pas du minimum requis impliquera surement des complications et un danger pour sa santé » met-il en avant

Tout en rappelant l’inexistence d’un cadre réglementaire et juridique qui encadre leur profession, à savoir les tâches qui relèvent de leur fonction ou pas, les infirmiers du secteur public exigent « la codification des lois qui définissent les conditions et les normes de sécurité dont doit disposer une ambulance, mais aussi la définition des cas où l’état des patients nécessite un transport par ambulance ou pas ».

De même, ils demandent « une loi qui encadre l’opération de transport de santé des patients et qui correspond à la sensibilité de cette opération », soulignant que cette loi doit « prendre en considération l’état de santé du patient, en premier lieu, mais aussi garantir la sécurité de son accompagnateur et de l’infirmier ou du médecin ».

Notre interlocuteur fait remarquer pareillement qu’il y a des cas de patients qui nécessitent que le médecin se déplace sur place et non l’infirmier. Mais avec la pénurie de médecins, c’est toujours l’infirmier qui fait le déplacement, indique-t-il.

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