31e anniversaire de l’UMA: Ce grand Maghreb mort-né

18 Fév 2020 à 17:30 Politique
31e anniversaire de l’UMA: Ce grand Maghreb mort-né

En février 1989, les chefs d’État du Maroc, de la Tunisie, de l’Algérie, la Mauritanie et la Libye signaient à Marrakech la déclaration instituant l’Union du Maghreb Arabe (UMA). De grands espoirs étaient fondés sur cette entité, en termes d’intégration, de coopération et de complémentarité. Mais il faut croire qu’il s’agissait là d’un voeu pieux.

En effet, depuis la création de l’UMA, les travaux de cette organisation sont restés au point mort surtout après les différents conflits qu’a connus la région, notamment les guerres civiles et le printemps arabe. Qu’en est-il maintenant, 31 ans après sa naissance?

Un mort-né!, nous déclare d’emblée Abdelhamid Benkhattab, professeur de sciences politique à la faculté de droit Agdal-Rabat.

Rappelant que «la dénomination de l’UMA n’existe plus. Du moins dans le langage constitutionnel marocain, on parle du grand Maghreb », notre interlocuteur assure que «le grand Maghreb est mort-né », car, explique-t-il au micro d’Hespress FR, « les 5 régimes de la région ont pris, chacun de son côté, un cheminement qui lui est particulier, de telle sorte que toute convergence politique est devenue avec le temps presque impossible ».

« On voit très bien que si l’union du grand Maghreb est une revendication sociale, elle ne l’est pas sur le plan politique. Pourquoi ? Parce qu’il y a énormément de contraintes politiques qui empêchent la réalisation de cet idéal social maghrébin », souligne-t-il.

Même historiquement, « le grand Maghreb n’a jamais été uni », poursuit-il, notant par ailleurs « qu’il est vrai que c’était un espace plus au moins homogène sur le plan culturel, religieux, linguistique. Mais il n’a jamais été un ensemble uni. Donc, l’union du grand Maghreb est plus une revendication sociale qui relève de l’imaginaire que de la réalité politique ».

La réalité politique, elle, poursuit Benkhttab, « implique que nous avons chaque Etat qui a une particularité qui lui est propre, et qu’on ne peut pas parler actuellement de l’union du grand Maghreb avec une Libye qui est morcelée et déchiquetée. On ne peut pas non plus parler de la Mauritanie qui est plus orientée vers le Sud que le Nord chose que Feu Hassan II avait déclarée il y a une trentaine d’années ».

Le professeur en sciences politiques n’a pas manqué de revenir dans son analyse sur le Hirak algérien qui secoue le pays depuis près d’un an. « On voit très bien que ce n’est plus possible de réaliser une union entre ces Etats avec ce qui se passe actuellement en Algérie. C’est vrai, l’idéal est toujours là, il est vivace, tout le monde y croit fermement ».

Et sur cette ferme foi en l’UMA, Benkhattab a rappelé que « la constitution marocaine en parle avec vigueur », soulignant que « l’union du grand Maghreb est un objectif constitutionnel », tout en s’interrogeant «s’il est réalisable à court terme ».

Selon l’expert c’est un « non » catégorique. Ce qui fait qu’on doit attendre le long terme, soutient-il « parce qu’il y a une convergence démocratique entre les différents régimes de la région notamment entre la Tunisie, le Maroc et l’Algérie. Mais étant donné la tournure qu’avaient prise les événements en Algérie, on voit très bien que cette convergence démocratique n’est pas au rendez-vous. On doit attendre ».

D’un point de vue politique, Benkhattab estime que « l’UMA est un mythe, un idéal à réaliser, surtout pas sur le court terme ou encore le moyen terme. C’est un idéal qui est réalisable à long terme, mais à condition qu’il y ait une convergence démocratique entre les différents régimes ».

Or cette convergence est « problématique », poursuit-il, « étant donné les événements qui se sont passés en Algérie et les incertitudes qui entourent justement le processus démocratique en Tunisie. Ça se voit très bien que les choses ne sont pas si faciles que ça ».

L’union du grand Maghreb reste un idéal à réaliser

Interrogé sur le projet du chemin de fer Trans-Maghrébin Maroc-Algérie-Tunisie et qui peine à voir le jour, notre interlocuteur estime que « l’union politique n’a jamais été possible depuis une trentaine d’années entre les 5 Etats du Maghreb. Mais la coopération culturelle et économique fonctionne très bien entre  3 pays (Maroc, Algérie, Tunisie) ».

Benkhattab estime donc qu’il y a « énormément de projets communs qui ont été mis en œuvre. La coopération technique, culturelle et même sectorielle reste qui toujours en vigueur ». C’est vrai que cette coopération fonctionne de manière minimaliste, explique-t-il, « et que cette coopération n’a pas atteint ses objectifs, mais aussi la densité espérée par les responsables politiques, mais il y a pas mal de projets qui fonctionnent entre les trois pays ».

Et justement, poursuit-il dans ce sens, « le chemin de fer Trans-Maghrébin qui reliera les trois pays fait partie de cette coopération technique, mais il faut d’abord commencer par ouvrir les frontières. Et ce n’est pas pour demain ».

En parlant des frontières fermées entre l’Algérie et le Maroc, Benkhattab ajoute dans son analyse à Hespress Fr qu’il y a aussi « cette obstination algérienne à ne pas ouvrir la frontière sous prétexte que le régime algérien a été blessé dans son égo ».

« Tant qu’en pense de cette manière-là, une union du grand Maghreb reste un idéal à réaliser », conclut-il.

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