AMDH: Le désistement des parents ne devrait pas être pris en compte dans les affaires de viol d’enfants

17 Fév 2020 à 19:44 Société
AMDH: Le désistement des parents ne devrait pas être pris en compte dans les affaires de viol d’enfants

L’affaire du touriste koweïtien accusé d’agression sexuelle et viol à l’encontre d’une mineure de 14 ans à Marrakech, puis libéré sous caution (30.000 dirhams), avant de fuir le Maroc en dépit d’une interdiction de quitter le territoire, fait encore réagir plus d’un. Et ce ne sont pas les faits avérés contre le pédophile qui agitent l’opinion publique, mais qu’il se soit échappé le même jour de sa libération du Royaume sans être inquiété.

L’AMDH section Marrakech, qui s’est constituée partie civile dans cette affaire depuis son déclenchement, a exprimé son « étonnement » que l’accusé, d’une part, soit libéré sous caution par la Chambre criminelle du tribunal de première instance de Marrakech, et d’autre part, qu’il ne soit placé sous contrôle judiciaire ou que son passeport soit retiré alors qu’il a clairement avoué les faits retenus contre lui et qui remontent à juillet 2019.

D’ailleurs, le bureau Marrakech de l’association s’est félicité dans un communiqué quant à « l’interaction du Conseil supérieur de l’autorité judiciaire avec les préoccupations des défenseurs des droits de l’Homme et de l’opinion publique nationale, qui ont dénoncé la décision du tribunal de première instance près la Cour d’appel de Marrakech», qui a permis au violeur d’échapper le même jour de sa libération.

Interrogé sur les mesures que compte entreprendre l’AMDH dans cette affaire, le président de l’association, Aziz Ghali a déclaré à Hespress Fr que l’AMDH compte saisir le conseil des droits humains des Nations unies qui veille sur l’application des conventions ratifiées par les pays signataires, afin qu’il exige du Koweït le renvoi du violeur.

« Le Koweït et le Maroc font partie des pays signataires de la convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies. Et à cet égard, le Koweït est dans l’obligation soit, de renvoyer le pédophile au Maroc pour qu’il soit jugé, soit de le juger pour agression sexuelle contre mineur sur son territoire. Vu que Interpol ne peut rien faire, il y a cette voie qu’on peut entreprendre puisque le Koweït est obligé de juger ou de renvoyer un violeur d’enfant au pays où il a commis l’acte », souligne Ghali.

Tout en rappelant que « le tribunal a libéré sous caution le violeur, après que la mère de la victime ait renoncé à la plainte quel a déposé », Ghali a fait savoir que l’AMDH compte soumettre au Parlement, dans le cadre de la réforme du Code pénal, une proposition stipulant que « la renonciation des parents dans une telle affaire ne soit plus prise en compte par le tribunal ». «Si la mère de la victime n’avait pas renoncé à sa plainte, le parquet n’aurait jamais libéré le violeur », affirme-t-il.

Le président de l’AMDH a, en outre, indiqué que « l’Etat et la justice marocaine sont dans l’obligation de protéger l’enfant même contre ses propres parents ». « Nous savons qu’au Maroc, il y a des parents vulnérables. Et des fois la pauvreté les pousse à réagir à l’encontre de l’intérêt et de la défense des droits de leurs propres enfants. Et c’est dans ce sens que nous comptons saisir le Parlement pour que cette mesure soit prise en compte dans le Code pénal », a-t-il ajouté.

In fine, l’AMDH compte bien évidemment poursuivre le procès du Koweïtien en tant que partie civile. « La procédure judiciaire entamée contre lui ne sera jamais fermée cela est sûr. Le suspect sera toujours poursuivi même en son absence. Mais dans tous les cas, il ne pourra plus jamais remettre les pieds au Maroc. Au moins on va protéger nos enfants contre ce pédophile », nous a-t-il indiqué.

D’autre part, et suite aux différentes accusations qui se sont abattues sur la victime, notamment la « prostitution », puisque le Koweitien a indiqué que la jeune fille était « consentante » et qu’il l’a même « payée », Aziz Ghali souligne qu’il « s’agit de détournement de mineur. Quand il y a mineur, il n’y a pas de consentement. La loi est claire à ce sujet partout dans le monde ».

Le président de l’AMDH n’a pas manqué également de rappeler « l’intervention de l’ambassade koweïtienne » dans cette affaire, indiquant que « plusieurs affaires de pédophilie ont été observées au Maroc au cours de ces dernières années, dont les accusés étaient des étrangers, notamment américains et français. Mais en aucun cas leurs ambassades ne se sont immiscées dans leur affaire auprès des tribunaux ni auprès des autorités marocaines ».

Outre la réaction de l’AMDH, le ministre d’État chargé des droits de l’Homme et des Relations avec le Parlement, Mustapha Ramid, a déclaré à la presse, en marge du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Casablanca, qu’ en « principe (…) accorder la liberté provisoire à un violeur qu’il soit marocain ou citoyen étranger est une grave erreur », soulignant toutefois qu’il ne parlait pas du cas du touriste koweïtien, âgéde 24 ans, « puisqu’il n’a pas de données précises » et que cela relève de « la compétence d’autres institutions ».

Pour le ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, porte-parole du gouvernement, Hassan Abyaba, qui a également été interrogé sur l’affaire du ressortissant koweïtien, « la question est entre les mains du pouvoir judiciaire et le gouvernement ne peut pas intervenir, car le pouvoir judiciaire agit conformément aux lois ».

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