Hooliganisme : Le mercredi 12 février a ramené le Maroc 10 ans en arrière

15 Fév 2020 à 10:54 Société
Hooliganisme : Le mercredi 12 février a ramené le Maroc 10 ans en arrière

La soirée du 12 février devait être une soirée comme toutes les autres où l’on joue un match de Botola, qui de surcroît met aux prises deux des plus grands clubs nationaux. Le spectacle semblait assuré, et il le fut, mais pas sur la pelouse, plutôt dans les gradins et un peu plus tard, dans les rues de la capitale, témoin impuissant d’actes de hooliganisme, de vandalisme et de violence qui vident le sport de tout son sens.

« Dans la soirée du mercredi, nous sommes revenus à la case départ en matière de traitement du phénomène de la violence dans les stades », déplore Moncef El Yazghi, spécialiste des politiques publiques et des lois du sport.

Des années durant, dit-il dans une déclaration à Hespress FR, « nous avons affirmé que l’approche juridique pourrait être la meilleure pour appréhender la question, et en effet, un texte a été promulgué en 2010, la loi 09.09. Mais aujourd’hui, 10 années plus tard, nous constatons qu’il n’en est rien, et les événements du mercredi soir sont là pour le prouver ».

Pour le spécialiste, on est en droit de s’interroger «Qu’est donc devenue cette loi ? Est-elle devenue vétuste ? Ou bien carrément, n’a-t-elle jamais été appliquée ?».

Il estime à cet égard que la question est d’autant plus pertinente que ladite loi « ne comprend aucune mention d’interdiction d’accès aux stades aux mineurs non accompagnés, de même qu’un autre volet n’a jamais été mis en œuvre, celui portant sur la mise en place (par le ministère de la jeunesse et des sports) d’une commission en charge de la lutte contre la violence dans les stades, tel que stipulé par le dernier article de la loi 09.09 ».

Rappelant qu’il a également été question dans les débats autour du hooliganisme, de l’approche sécuritaire, Moncef El Yazghi relève que concernant toujours ce fameux mercredi, le communiqué du ministère de l’intérieur nous apprend qu’il y a eu 13 arrestations, « ce qui est à mon sens un infime partie des auteurs des débordements que tout le monde a pu voir ».

« Ces débordements devraient nous interpeller », souligne-t-il, faisant noter que « toutes les questions doivent être posées, dont celle d’un éventuel manquement de la part des forces de l’ordre. Une enquête devrait être menée dans ce sens, pour déterminer les véritables responsabilités, d’abord et corriger les erreurs ensuite ».

Déterminer les responsabilités

Et d’affirmer que « si les forces de l’ordre peuvent être mises en cause en termes d’organisation et pour la manière d’aborder et de traiter ce genre d’événement, il faut aussi chercher les manquements du côté des supporters, au vu des comportements qui sont les leurs depuis ces dernières années ».

Il regrette en ce sens, qu’en effet, « quand on arrive au stade de voir un club marocain souhaiter la défaite d’un autre club marocain devant une équipe étrangère, il y a problème, et un sérieux même ! »

Pour notre interlocuteur, « cela veut dire que la rivalité et les rancunes sont à leur summum et ne devraient plus être tolérées. Parce que à y voir de près, il est facile de voir que ce qui s’est produit ce mercredi, est une reproduction, moins grave certes, des événements du jeudi noir d’il y a quatre ans à Casablanca, entre les supporters des FAR et du RAJA précisément ».

Pour rappel, un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), a indiqué que « les opérations sécuritaires menées par les services de la préfecture de police de Rabat suite aux actes de hooliganisme ayant éclaté après le match, ont permis l’arrestation de 13 personnes pour leur implication présumée dans des actes de jets de pierres, dégradation de biens publics, possession d’armes blanches et de fumigènes et violence à l’encontre de fonctionnaires publics lors de l’exercice de leurs fonctions ».

Les jets de pierres et les actes de hooliganisme ont fait des blessés parmi les forces publiques, dont trois policiers blessés à différents degrés, ainsi que deux éléments de la protection civile et 22 supporters qui ont été légèrement blessés, indique le communiqué, faisant savoir que des dégâts matériels ont également été causés à 19 véhicules de la Sûreté nationale, un camion de la protection civile et une ambulance, en plus de six véhicules appartenant à des particuliers.

Appliquer la loi

« Les supporters que nous avons vus dans les rues ne croient plus à la règle de la victoire et la défaite, ils sont beaucoup plus dans une logique de vengeance et de règlement de comptes. Ils ne sont plus là pour le sport mais pour casser et pour vandaliser … », commente l’expert.

Pour ce qui est des fumigènes, il rappelle que même si leur utilisation est en principe interdite et punie par la loi, « ils sont tolérés quand l’usage qui en est fait ne nuit à rien ni à personne ».

« Ils sont certes interdits, mais en général c’est le club qui écope d’amendes et l’affaire est classée, mais bien sur quand il n’y a pas de dégâts, comme ce que nous avons pu voir dans les matches du Raja et du WAC, que ce soit en Botola, en LDC de la CAF ou en coupe arabe », met-il en avant, relevant toutefois, qu’«en revanche, lors de la rencontre FAR-RAJA, les choses ont largement dépassé l’utilisation des fumigènes. Des journalistes et des représentants des forces de l’ordre ont été agressés et même blessés, ce qui est très grave».

Pour ce spécialiste des politiques publiques et des lois du sport, «il s’agit en premier lieu, de mettre sur pieds la commission de lutte pour qu’elle se mette rapidement au travail, de même qu’il est nécessaire d’amender la loi 09.09, en y introduisant l’interdiction d’accès aux stades aux mineurs non accompagnés ».

« En gros, dit-il, il suffit d’appliquer cette loi, de l’appliquer à tous et de la même manière, sans ouvrir la voie au favoritisme, aux interventions ou au copinage ».

Photo Mounir Mehimdate

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