Monde rural: selon Kettani, il faut former les gens du rural dans d’autres domaines que l’agriculture

23 Fév 2020 à 08:43 Economie
Monde rural: selon Kettani, il faut former les gens du rural dans d’autres domaines que l’agriculture

Suite au lancement du programme « Intelaka » d’appui et de financement des entreprises, présenté et signé devant le Roi Mohamed VI, un compte d’affectation spéciale, intitulé « fonds d’appui au financement de l’entrepreneuriat », a été mis en place dans le cadre de la loi de finances 2020.

Ledit fonds est doté d’une enveloppe de 6 Milliards de DH répartie sur une durée de 3 ans, et financée à parts égales par l’État et le secteur bancaire. Pour le programme, il s’articule autour de trois principaux axes à savoir le financement de l’entrepreneuriat, la coordination des actions d’appui et d’accompagnement de l’entrepreneuriat au niveau des régions et l’inclusion financière des populations rurales.

De même, un budget de 2 milliards de DH a été débloqué, pour une durée de trois ans également, et dédié au monde rural. Le ministère de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’Administration, Mohamed Benchaaboun, avait souligné lors de la conférence de presse de lancement que son département veillerait, en coordination avec Bank Al Maghrib, au suivi de la mise en œuvre de ce programme, à travers l’établissement de rapports périodiques qui seront soumis au Souverain.

« Une initiative prometteuse »

S’agissant du monde rural, Omar Kettani, professeur d’économie à l’Université Mohammed V de Rabat et fervent défenseur de la cause du milieu rural a déclaré à Hespress Fr dans une analyse sur le programme « Intelaka » qu’il s’agit « d’une très bonne initiative prometteuse ».

Par ailleurs, et concernant le monde rural, Kettani nous explique que « le social au Maroc touche 40% de la population qui est hors zone. C’est la population rurale. Et les entreprises qu’on va créer dans cette zone concernent l’agriculture » soulevant « qu’encore une fois, on prolonge le même modèle ancien ». Comment ?

Selon l’économiste, « à chaque fois qu’on touche au milieu rural, on le touche par l’agriculture comme si les habitants du milieu rural ne seront jamais capables de produire autre chose que l’alimentation (fruits, légumes, agrumes …) ».

« Je me dis qu’il ne faut pas pousser les habitants du monde rural à faire ce qu’ils savent faire à la base. Mais il faut les former pour qu’ils puissent faire autre chose que de l’agriculture. Au moins, qu’ils puissent créer une valeur ajoutée quand la pluie est mauvaise » argumente-t-il.

Et de poursuivre que « ce qui se passe dans l’agriculture, c’est que si la pluie est bonne, l’année est bonne, et quand c’est le contraire, il n’y a rien à produire pour 40% de la population au Maroc » chose que notre interlocuteur considère comme étant « grave ».

La pluie fait le beau temps

« Ils ne veulent pas ouvrir les yeux et se dire, on doit mettre en place un programme pour créer des services dans le milieu rural. Qu’on puisse produire autre chose que de la tomate et des agrumes » estime Omar Kettani se demandant « pourquoi on répète le même modèle tout en condamnant ce modèle, tout en disant qu’il faut chercher un modèle alternatif » dit-il.

La réponse à cette question selon Kettani est que, « bien sûr, on choisit la facilité ». Notre interlocuteur souligne que, dans la zone rurale, « si on veut que ces gens-là produisent autre chose que les produits agricoles, la première chose à faire c’est de les former. Et ne pas faire appel à des cadres des grandes villes pour venir leur vendre leur service ».

« Ce qui se passe aujourd’hui, et que, quand l’année est bonne sur le plan agricole, les agriculteurs achètent des services dans les grandes villes. Et donc l’argent sort de la campagne et va vers les villes. Et cet argent passe, et l’année suivante rebelote. Il faut à nouveau que la pluie tombe, etc. Et c’est un cercle vicieux et un problème structurel » conclut Omar Kettani dans son analyse à Hespress Fr.

Signature d’un accord de financement du programme d’appui à l’amélioration de la protection sociale