Moqtada Sadr casse le mouvement de protestation en Irak

25 Jan 2020 à 19:54 Monde
Moqtada Sadr casse le mouvement de protestation en Irak

Trois manifestants ont été tués samedi à Bagdad et dans le sud de l’Irak, lors d’affrontements avec les forces de sécurité intervenues dans des rues et sur des places occupées par les contestataires, pour les déloger de leurs campements mettant le feu, tirant à balles réelles et lançant des gaz lacrymogènes, notamment dans la capitale où plusieurs sit-ins ont été dispersés

Faut dire aussi que la veille vendredi, le puissant leader chiite Moqtada Sadr avait annoncé qu’il ne soutenait plus les manifestants, ouvrant ainsi la voie à la répression des protestataires par les forces de l’ordre et les milices pro-iraniennes. Les tirs à balles réelles ont tué un manifestant et fait plus de 40 blessés dans la capitale, selon une source médicale. Deux autres personnes sont mortes et une vingtaine d’autres ont été blessés à Nassiriya, dans le sud de l’Irak.

A Bagdad, selon l’AFP les forces de sécurité munis de matraques ont poursuivi de jeunes manifestants. Tandis que la police anti-émeute incendiait des tentes abritant des cliniques de fortune pour soigner les protestataires blessés. Le commandement militaire de la capitale a annoncé avoir repris le contrôle du pont al-Ahrar, qui enjambe le Tigre et relie l’est de Bagdad aux quartiers de l’ouest, où se trouve la Zone verte ultrasécurisée, abritant les sièges des institutions et l’ambassade américaine. Les protestataires ont été repoussés de la place Tayaran, dans le centre de la capitale.

Cependant le principal sit-in sur la place Tahrir, cœur de la contestation, où des jeunes hommes se sont déployés, portant des boucliers noirs métalliques, sur lesquels ils avaient inscrit: « Brigade de protection de Tahrir » a été épargné par les forces de l’ordre et l’armée ainsi que les milices pro-iraniennes. Des partisans de Moqtada Sadr qui campaient sur cette place ont levé leurs campements pour retourner dans le quartier de Sadr City, bastion à Bagdad du leader chiite.

Ce dernier qui dirige le plus gros bloc au Parlement et contrôle plusieurs ministères occupés par ses alliés, avait pourtant soutenu la contestation à ses débuts. Mais vendredi, après un rassemblement à Bagdad de milliers de ses partisans réclamant le départ des 5.200 soldats américains stationnés en Irak, il avait annoncé sur Twitter qu’il ne s’impliquerait plus dans le mouvement.

Le sentiment antiaméricain s’est ravivé dans le pays depuis l’assassinat ciblé du général iranien Qassem Soleimani, émissaire de Téhéran en Irak, et son lieutenant irakien Abou Mehdi al-Mouhandis. Moqtada Sadr entend tirer profit de cette situation à des fins de mainmise sur l’Irak qui profiterait à ses alliés d’Iran.Le sud du pays n’a pas été en reste samedi où des sits-ins et campements ont également été démantelés et brûlés comme dans la ville portuaire de Bassora et auxquels ne participent plus les partisans de Moqtada Sadr.

Ce mouvement inédit car spontané en Irak, dominé par la jeunesse, a été émaillé de violences qui ont fait au moins 470 morts, en grande majorité des manifestants depuis le 1er octobre 2019, et a été marqué par une campagne d’intimidation, d’assassinats et de rapts de militants.

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