Sahara: cinq consulats africains à Laâyoune. Quelle portée?

27 Jan 2020 à 12:44 Gouvernement
Sahara: cinq consulats africains à Laâyoune. Quelle portée?

Le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita a inauguré hier avec ses homologues centrafricain et santoméen le consulat général à Laâyoune de la République centrafricaine et de Sao Tomé-et-Principe. Il s’agit de la cinquième représentation diplomatique ouvrant ses portes dans la capitale des provinces du Sud, après le consulat honoraire de la Côte d’Ivoire, ouvert en juin dernier, le consulat général de l’Union des Comores, qui a commencé à offrir ses services en décembre, ainsi que le consulat général du Gabon, inauguré la semaine dernière.

Contacté par Hespress FR, le professeur-chercheur d’Histoire et d’Anthropologie politique à l’Institut des Etudes Africaines à Université Mohammed V – Souissi, Khalid Chegraoui, décrypte la portée de ces nouvelles ouvertures, à l’aune des rapports qu’entretient Rabat avec ses partenaires africains. Interview.

Hespress FR: Quelle première lecture peut-on faire par rapport à l’ouverture des consulats généraux de cinq pays africains au Sahara ?

Khalid Chegraoui: C’est un acte souverain, et du Maroc et de ces cinq pays. Il rentre dans le cadre des rapports transafricains, du moment que le Maroc est devenu un espace soit de résidence soit de passage pour beaucoup de citoyens africains. Il y a également un flux commercial et de voyage, principalement des migrants africains qui sont en Europe. Donc le Maroc est devenu un passage important, que ce soit pour les flux commerciaux ou pour la mobilité des personnes. Il y a donc ces besoins de transit et de consulats.

Il y a même besoin d’autres nationalités européennes ou étrangères qui sont généralement de passage dans le sud du Maroc pour des vacances ou autres, et qui utilisent généralement la route. A un moment donné, tous ces gens ont peut-être besoin d’un consulat. Il y a aussi cette idée que la concentration des consulats et des services consulaires et diplomatiques à Rabat ou à Casablanca devrait être revue autrement. On le voit pour d’autres nationalités européennes comme la France qui est dans plusieurs villes marocaines.

Y-a-t-il aussi du symbolique dans ces récentes ouvertures ?

Alors oui, en effet, il y a cette question en liaison avec le conflit avec les voisins du coté de l’est, mais ça reste un acte souverain du Maroc qui est l’autorité légale administrative, nonobstant tous les problèmes et qui garantit la libre circulation des biens et des personnes. Pour moi c’est un acte tout à fait normal. Bien sûr il y a une valeur symbolique. C’est le fait que plusieurs Etats africains soutiennent la marocanité des provinces du Sud, et qu’ils ont le courage politique de faire ce genre de gestes qui sont, à mon avis, purement administratifs et souverains. Et deuxièmement, ils relèvent de cette symbolique très importante de soutien politique au Maroc

Comment la communauté internationale pourra-t-elle apprécier ces évolutions, et notamment au sein des Nations unis ?

Je ne pense pas que l’ONU aura à dire quoi que ce soit, sauf s’il y a tapage et campagne de propagande hostile, et notamment d’Alger. Mais là il va falloir mobiliser un certain nombre d’autres pays du Conseil de sécurité. Je ne pense pas que les choses iront jusque là. Il y a déjà assez de problèmes en Méditerranée et au Sahel-Sahara pour ajouter cette question qui est complètement obsolète aujourd’hui. De plus, il y a un processus des Nations unis qui gère la question.

Si le Polisario et l’Algérie ont quelques chose à dire, il peuvent le présenter au futur représentant du Secrétaire général de l’ONU quand il y aura une réunion des parties prenantes, s’il y a une autre table ronde ou une autre rencontre prochainement. Je pense que c’est le cadre idéal pour en parler, mais pas ailleurs.

Y-a-t-il des avantages à tirer pour le Maroc ?

Je ne voudrais pas voir les choses de cette manière. Il ne faut pas faire des calculs de ce genre. Je trouve que c’est un comportement tout à fait normal. Il aurait été banal si cela s’était passé à Oujda, ou dans une autre ville. C’est simplement une ouverture. Gardons le coté administratif et juridique de la chose. Quant au coté symbolique, cela relève beaucoup plus de l’intime que d’autres considérations.

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