Traitement du cancer : L’AMDH tire la sonnette d’alarme

20 Jan 2020 à 10:41 Société
Traitement du cancer : L’AMDH tire la sonnette d’alarme

La fin de 2019 a été marquée par une vague de dénonciations sur les réseaux sociaux de l’absence au niveau des hôpitaux et du marché en général, des traitements contre le cancer. Le décès des suites de cette maladie de l’une des figures de la contestation a suscité un vif émoi et nourri la colère des protestataires.

Dans le sillage de cette campagne #mabghinach nmoutou (nous ne voulons pas mourir de cancer), très vite devenue nationale, le ministère de la Santé a annoncé la prise en charge des frais de traitements des patients atteints de cancer âgés de moins de 5 ans, conformément aux directives royales.  Pas suffisant et très tardif, ont estimé les protestataires.

Au moment où certains ont proposé de faire circuler une pétition (à signer par des citoyens inscrits sur les listes électorales), qui sera soumise de manière constitutionnelle au chef du gouvernement conformément à l’article 15 de la loi fondamentale, l’universitaire Omar Cherkaoui a plaidé, dans un post Facebook, pour la constitution d’un fonds de lutte contre le cancer qui sera intégré à la LF 2020.

Le juriste a, dans le même contexte, proposé la promulgation d’un décret qui définirait les critères et conditions de bénéficier de ce fonds, outre la diffusion d’une circulaire conjointe des départements des finances et de la santé pour la mise en œuvre effective de cette mesure à travers le Royaume.

Ce fonds, selon Omar Cherkaoui, prendrait en charge l’ensemble de frais de traitement de toutes les formes de cancer. La campagne est lancée, de même qu’une collecte est en cours à l’intérieur comme à l’extérieur du Maroc.

Entrant en ligne, les partis politiques y ont apporté leur grain de sel, l’un (PI) en proposant l’organisation d’un sit-in devant le ministère de Khalid Ait Taleb pour réclamer la gratuité des soins pour cette pathologie, et l’autre (PAM), en interrogeant le ministre de tutelle sur les mesures qu’il envisage d’entreprendre pour ravitailler en médicaments les structures de santé, notamment celles éloignées de la capitale et des grands centres.

Campagnes électorales précoces

Ces prises de position, tardives et conjoncturelles, ont été qualifiées par certains de « campagnes électorales précoces« , menées par des partis qui « ne font que surfer sur la vague ».

Pour Aziz Ghali, président de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), « ce n’est pas plus qu’une guerre de positionnement et une campagne électorale avant terme ».

Il en veut pour preuve la condition préalable pour la signature de la pétition proposée, à savoir être inscrit sur les listes électorales. « Le but de la manœuvre n’est aucunement le lancement d’un fonds d’aide aux personnes atteintes de cancer, mais juste l’augmentation du nombre d’inscrits sur les listes électorales », nous a-t-il confié.

Pour le président de l’AMDH « l’Etat exploite cette maladie pour engranger de nouveaux inscrits, et la mise en place de ce fonds suppose une contribution des citoyens ». Et de s’interroger : « Pourquoi veut-on dispenser l’Etat de son devoir et sa responsabilité de fournir les soins médicaux, pour les offrir à travers l’aumône ? ».

Dans le même ordre d’idées, Aziz Ghali a expliqué que « la responsabilité de l’Etat dans la résolution de cette problématique se situe à deux niveaux : la détermination et régulation des tarifs des médicaments, et la prise en charge des frais de soins, à l’instar d’autres pays de la région qui enregistrent le même taux de la maladie, et qui assurent une couverture totale ».

Tirant la sonnette d’alarme quant à la pénurie récurrente en traitements du cancer, enregistrée dans plusieurs établissements de santé, où près de 30% des médicaments nécessaires « ont disparu », l’AMDH a appelé à une « intervention immédiate » pour approvisionner les pharmacies et les services hospitaliers spécialisés, conformément aux protocoles médicaux définis par l’OMS.

Aziz Ghali indique à ce propos que « l’Etat n’achète qu’une partie des médicaments nécessaires, ce qui a plongé le pays, depuis deux années, dans une crise réelle ».

40.000 nouveaux cas de cancer sont enregistrés tous les ans, dont trois formes plus répandues que des autres, a encore fait savoir le militant, précisant qu’il s’agit du cancer du sein dont le coût (du premier diagnostic au dernier stade de traitement) peut s’élever à 32.000 dhs, le cancer du col de l’utérus (50.000 dhs) et le cancer des poumons et de la prostate chez l’homme (40.000 dhs).

« Il en ressort, dit-il, que le cancer figure parmi les maladies les plus coûteuses pour les familles marocaines qui contribuent à hauteur de 57% contre 22% pris en charge par l’Etat ».

Nous parlons donc, insiste Ghali, d’une maladie qui peut appauvrir, voire ruiner les familles, et partant, «l’Etat doit assumer sa responsabilité ».

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