Cueillette des fraises en Espagne: Comment sont recrutées les saisonnières marocaines? 2/2

14 Jan 2020 à 09:28 Société
Cueillette des fraises en Espagne: Comment sont recrutées les saisonnières marocaines? 2/2

Même si l’opération peut paraître facile de l’extérieur, l’organisation du départ des ouvrières marocaines travaillant dans les champs de fraises et de fruits rouges en Espagne, est un énorme casse-tête auquel se livrent tous les ans, les autorités espagnoles et marocaines, plus exactement l’ANAPEC qui gère l’opération de migration circulaire depuis 2005.

Ainsi, pour cette année 2020, ce sont 16.500 ouvrières marocaines, 11.000 répétitrices et 5.500 nouvelles, qui prendront le large vers l’Espagne et précisément la province de Huelva pour y travailler pour une durée de 6 mois, avec possibilité de prolongation de leur contrat de saisonnière à 9 mois, selon la durée de la campagne agricole en Andalousie.

Les premières vagues de saisonnières marocaines (répétitrices) sont arrivées à destination, en décembre 2019, et ont commencé le travail, tandis que les autres suivront en janvier, février, mars et avril. D’ailleurs, Hespress Fr a eu l’occasion d’interviewer quelques-unes d’entre elles au port de Tanger Ville avant leur départ. Cependant, la question qui se pose est comment se déroule le processus de recrutement et d’accompagnement administratif de ces ouvrières, issues du milieu rural, majoritairement du Gharb  (Sidi Kacem et Sidi Slimane), avant leur départ vers l’Europe.

Selon une source bien informée au sein de l’ANAPEC, qui accompagne ces ouvrières du début jusqu’à la fin, l’Agence reçoit l’offre de l’entreprise avec les conditions souhaitées. Par la suite, l’ANAPEC prend contact avec le ministère de l’Intérieur pour lui faire part de la demande. Le ministère de l’Intérieur en tant que collaborateur indispensable de la campagne de migration circulaire, autorise l’annonce au niveau des villages à travers les Mokaddem et les Caïd.

« Nous visons le milieu rural, et pour atteindre cette catégorie de femmes, internet n’est pas accessible pour elles dans la majorité des cas. On le fait donc avec l’aide des Caïd et des Moqadem des villages. Et même la présence sécuritaire est importante lors de l’organisation de cette campagne », nous indique notre source qui souligne par ailleurs qu’il s’agit-là « d’une offre de travail comme n’importe quelle autre offre de travail sauf que c’est à l’étranger ».

Ainsi, l’ANAPEC se charge d’expliquer aux ouvrières qu’il s’agit d’une offre à l’étranger, et les prépare dans ce sens, en organisant des ateliers qui consistent à leur montrer comment vivre et travailler en Espagne et à leur fournir les informations nécessaires, notamment le taux de change, les prélèvements qu’elles auront sur leurs comptes bancaires ainsi que le contenu de leur contrat.

« On coordonne en parallèle avec les intermédiaires et nos collaborateurs en Espagne, qui ont a mis à leur disposition sur place un numéro vert dans le cas où il y a une plainte ou un problème en collaboration avec l’inspection de travail et les associations qui les accompagnent », poursuit la source de l’ANAPEC.

Ainsi, le rôle de l’Agence prend fin théoriquement au niveau du port de Tanger une fois les ouvrières envoyées, indique notre source, mais des réunions sont tenues tout au long de la campagne, où l’ANAPEC, mais aussi les autorités espagnoles et les chefs d’entreprises, cherchent à améliorer les conditions de travail et de vie des ouvrières.

Pour l’inscription, notre source nous informe qu’elle se fait sur la base des dossiers déposés par les candidates. Pour ce qui est de la présélection sur dossier, l’ANAPEC un quota à ne pas dépasser pour chaque région et chaque ville. Par exemple, cette année, la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima a eu droit à 1.300 présélections sur dossier, dont 55 à Larache et 50 à Al Hoceima. Les deux critères de sélection sur lequel insistent les employeurs espagnols, sont le fait d’être mariée et d’avoir des enfants, et plus la candidate a d’enfants, plus elle a de chance d’être sélectionnée.

Pour les 11.000 répétitrices, notre source nous fait savoir que leur cas est facile, puisque les demandes reçues sont nominatives. « L’ANAPEC travaille avec un système d’information espagnol à travers lequel les contrats sont édités. Une fois le contrat de l’ouvrière édité, elle vient sur place, elle le signe et constitue son dossier qui doit comprendre notamment le contrat de travail, une demande de visa avec un compromis de retour une fois la période de travail écoulée, et un certificat médical attestant de l’absence de maladies ».

Pour les répétitrices, la source indique qu’elles sont habituées, à savoir qu’une fois contactées, elles ramènent avec elles leurs papiers et frais de visas qui sont à leur charge. L’employeur de son côté paye la traversée et le transport par autobus pour ses ouvrières, donc une absente représente une perte d’argent pour lui, souligne l’ANAPEC.

En ce qui concerne leur passeports, les ouvrières signent au départ une sorte décharge à l’ANAPEC pour qu’elle conserve leurs passeports et fasse la procédure de visa à leur place. Les passeports sont donc conservés chez l’ANAPEC jusqu’au jour de leur départ du port de Tanger.

« Imaginez si on envoie toutes ses femmes au consulat pour faire la procédure on n’arrivera pas à les envoyer dans les délais. On les envoie donc par lots de 500 ou 1.000, selon l’effectif que nous avons. Et puis quand tu lui donnes son contrat de travail, il y a des tentatives de fraude. L’année dernière l’ANAPEC a enregistré 67 tentatives de fraude, à savoir des personnes qui se présentent avec CIN à la place des ouvrières sélectionnées, etc. Donc ce circuit rigoureux que nous avons mis en place c’est un appui administratif à 100% pour réussir la campagne », affirme notre source.

Donc, l’ANAPEC reçoit les demandes, organise la commission d’inscription, la commission de sélection préliminaire, et met en place avec les Espagnols une commission de sélection. Par la suite, les dossiers sont transmis au consulat avec des codes, et retransmis à l’ANAPEC avec les mêmes codes, pour ne pas perdre le fil.

« L’ANAPEC reçoit la liste consolidée de dépôt des dossiers, qu’elle remet au consulat et c’est la même qui est communiquée aux entreprises et associations pour organiser les départs. Une fois le OK reçu de la part du consulat, les entreprises espagnoles donnent ainsi un délai d’une semaine à l’ANAPEC pour contacter les concernées et organiser leur départ. Juste pour les avoir par téléphone, ils ont des fois des problèmes de réseaux, il faut aussi leur donner 3 à 4 jours pour se préparer et voir comment s’organiser avec leurs enfants, puis 2 ou 3 jours pour faire le voyage à Tanger. Une fois convoquées, on leur donne l’heure du départ et l’heure à laquelle elles doivent être au port pour les préparer et les envoyer », détaille notre interlocuteur.

Par ailleurs, interrogée sur les types de réclamations reçues, notre source explique qu' »en gros, il s’agit de réclamations financières qui nous viennent généralement des nouvelles ouvrières. Par exemple, une fois qu’elles arrivent, l’employeur prend leurs coordonnées pour leur ouvrir un compte bancaire, s’ils n’en ont pas déjà un au Royaume. Et une ouverture de compte, implique des frais qui sont prélevés , ce qu’elles ne comprennent pas. Donc on leur explique cela, car in fine l’argent, c’est ce qui compte pour elles, et la raison pour laquelle elles ont accepté de se séparer de leurs familles ».

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