Turquie : Si le Maroc peut contrôler le commerce, il en est autrement pour le tourisme

09 Jan 2020 à 08:09 Economie
Turquie : Si le Maroc peut contrôler le commerce, il en est autrement pour le tourisme

Les relations économiques entre le Maroc et la Turquie ne sont pas tendues, mais ne sont toutefois pas calmes non plus. Si le royaume a décidé de revoir certaines dispositions de l’accord de libre-échange (ALE) avec la Turquie, concernant le textile et l’acier en particulier, il semble que l’ex-Empire ottoman joue la carte de la séduction pour ce qui est du secteur touristique.

Le Maroc a sorti les crocs pour protéger son économie contre l’inondation du marché national par les produits turcs. En effet, Moulay Hafid Elalamy (MHE), ministre de l’Industrie, du commerce et de l’économie verte et numérique n’y est pas allé de main molle lors de la 34e session du Comité permanent pour la coopération économique et commerciale de l’Organisation de la coopération islamique (COMCEC), tenue fin novembre dernier à Istanbul, pour indiquer à la partie turque que le Maroc ne fera plus de concessions face à la pression commerciale.

Le ministre a évoqué une révision de l’ALE, suite aux nombreuses « disputes » entre les deux pays au niveau commercial, notamment le textile et l’acier, du fait que les industriels marocains accusent la partie turque d’inonder le marché avec des produits moins chers, causant ainsi préjudice au tissu économique du royaume. D’ailleurs, un droit de 27 % a été imposé sur les importations textiles turques depuis le 1er janvier 2020, histoire de calmer les professionnels turcs dans leur conquête du marché marocain.

Cela dit, s’il est bien facile pour le royaume de « contrôler » le commerce, il en est autrement pour ce qui est de l’activité touristique. De plus en plus de Marocains snobent l’offre locale pour se diriger vers la Turquie, histoire de découvrir le pays des « sultans » des séries télévisées. En effet, la forte consommation des séries turques a fait découvrir aux Marocains le pays et ses nombreuses villes, en plus de partager son histoire, servant ainsi de moteur pour attirer de nombreux curieux en quête de nouveaux paysages.

Une offre bien pensée

Par ailleurs, cet engouement pour la Turquie est dû à l’absence de visa entre les deux pays, mais pas que. En effet, le gérant d’une agence de voyages à Rabat a expliqué à Hespress FR qu’en plus de la facilité de transit entre les deux pays, les offres promotionnelles turques sont bien plus intéressantes parfois que ce qui est proposé localement.

« La nuitée dans certains hôtels à Marrakech coûte 3500 dirhams ou plus. Si l’on y reste pour 3 jours, ça fait environ 10.000 dirhams. À ce prix, on peut s’offrir un voyage d’une semaine en Turquie, aller-retour, dans un hôtel 4 étoiles et avoir de l’argent à côté pour couvrir ses besoins », nous indique notre interlocuteur. De plus, cette situation est consolidée par le fait qu’il existe de nombreuses lignes aériennes entre les deux pays, avec des fréquences de voyage assez courantes.

Selon les données du ministère du Tourisme turc à fin novembre 2019, le nombre des arrivées marocaines s’est chiffré à 217.696 entrées, contre 162.754 une année auparavant. Un chiffre qui devrait d’ailleurs poursuivre cette croissance rapide pour l’année 2020, selon les analyses dudit ministère.

Toutefois, le royaume se situe à la deuxième position des pays africains qui cèdent le plus au charme turc. En effet, le Maroc est dépassé par l’Algérie, qui malgré l’obligation du visa d’entrée pour ses citoyens, a tout de même totalisé 276.084 arrivées. Le top 5 des pays africains qui visitent la Turquie comprend, outre l’Algérie et le Maroc, la Libye, l’Égypte et l’Afrique du Sud.

La question qui se pose actuellement est de savoir si le Maroc va adopter une stratégie « agressive » pour promouvoir la destination locale auprès des visiteurs turcs, où se contentera de continuer à séduire des marchés où le royaume est bien présent dans les cœurs, notamment l’Europe, la Chine, le Japon, l’Angleterre et les USA.

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