Migration : La recherche de meilleures conditions de vie toujours derrière la fuite des compétences nationales

03 Jan 2020 à 10:39 Economie
Migration : La recherche de meilleures conditions de vie toujours derrière la fuite des compétences nationales

Le Maroc peut se prévaloir de ressources innombrables qui lui permettent de se placer en tant que réelle puissance économique sur le continent africain, mais celui-ci peine pourtant à retenir ses compétences. La recherche de meilleures conditions de vie et d’opportunités, pour concrétiser ses aspirations professionnelles, pousse de nombreux jeunes actifs locaux à chercher l’Eldorado à l’étranger.

Le Maroc est en train de vivre une révolution industrielle et technologique, dont certains aspects s’alignent sur ce qui se fait au niveau international, mais cela est loin de répondre aux aspirations des compétences locales.

En effet, il faudrait déjà que l’on arrête de parler de « fuite de cerveaux », car tout le monde dispose de cet organe, et parler à la place de « fuite des compétences ». Cela dit, si l’on se réfère aux derniers chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP) concernant la migration internationale des Marocains, l’on peut vite se rendre compte d’une problématique qui pèse sur l’économie nationale.

Les jeunes compétences nationales fuient le royaume. Ce constat devrait tirer la sonnette d’alarme, afin d’améliorer le tissu socio-économique, surtout lorsque l’on s’aperçoit que la moyenne d’âge de ceux qui décident de quitter le royaume tourne autour des 25 ans. Concrètement, entre 2018 et 2019, presque 60 % de la population en âge de travailler a quitté le Maroc. Dans les détails, la tranche d’âge des 15-29 ans de ceux qui ont mis le cap vers l’étranger pour la première fois s’est établie à 27 %, alors que ce taux a été de 32,5 % du côté des 30-39 ans.

À la poursuite du bonheur

En examinant ces deux groupes, l’on arrive à la conclusion suivante : les Marocains sont à la recherche de meilleures opportunités professionnelles ainsi qu’une éducation de qualité supérieure à ce que le Maroc peut offrir. Ainsi, 53,7 % des migrants nationaux sont à la recherche d’emploi sur le marché international, alors que 24,8 % aspirent à une meilleure éducation.

Donc, l’accomplissement de soi est le principal motif derrière la fuite des compétences nationales, qui n’ont surtout rien à perdre dans l’accomplissement de leur quête, surtout lorsque l’on s’aperçoit que 72,7 % sont célibataires, et n’ont donc pas d’attaches en ce sens, qui pourraient freiner leur poursuite du bonheur.

Selon Hicham Ouazi, consultant en recrutement, les profils qu’il reçoit cherchent de meilleures conditions pour s’épanouir sur le plan professionnel. Les nouvelles technologies sont en vogue actuellement, mais l’on est encore en retard en ce sens, ce qui pousse les compétences marocaines à investir le marché du travail international pour trouver des opportunités adéquates. « Les compétences marocaines dans le domaine de l’IT s’exportent bien à l’étranger. Les plus grandes firmes technologiques du monde comptent généralement plusieurs noms marocains ou du Maghreb, à l’image de la compagnie spécialisée dans les jeux vidéo et le divertissement, Ubisoft », nous a expliqué notre interlocuteur.

Ainsi, les Marocains auraient un penchant pour le marché français, qui accueille 31,1 % des migrants nationaux, suivi par l’Espagne (23,4 %), l’Italie (18,7 %), mais aussi les contrées lointaines du Canada et des États-Unis (3,8 % et 3,6 %).

Cette « richesse » s’exporte bien, effectivement, puisque 64 % deviendraient actifs dans leurs pays d’accueil, à noter que 82,2 % de ceux qui dépassent l’âge de la retraite (60 ans et plus) occupent des postes en tant que salariés, et 69,4 % travaillent avec contrats.

Pour ce qui est de la plus-value pour le royaume, nos migrants sont réticents à investir au Maroc, peu importe la manière. Cela est dû à plusieurs motifs, mais pas pour ceux que l’on pourrait s’imaginer en premier. Non, le manque d’investissement par les migrants n’est pas dû principalement pour la corruption. Celle-ci se place en tant que 4e frein à l’investissement (7,5 %), et est dépassée de loin par le manque de ressources financières (38,9 %), les procédures administratives compliquées (14 %), le manque d’appui financier par les institutions marocaines et l’État (8,6 %) et le manque d’accompagnement professionnel (5,5 %).

« Ici vous êtes chez vous, bienvenue dans votre pays »

Tout marocain qui se respecte se souvient encore du fameux spot publicitaire, datant de 2002 à l’occasion du lancement de l’opération « Marhaba » de la Fondation Mohammed V pour la Solidarité. Celui-ci mettait en avant l’une des icônes de la musique populaire marocaine, Najat Aâtabou, et le « petit prince du raï », Faudel, dans lequel l’on entendait « ici vous êtes chez vous, marhba bikoum f bladkoum (bienvenue dans votre pays) ».

Aujourd’hui, ce message est toujours d’actualité, dans la mesure où l’on se rend compte que 27,3 % des migrants marocains choisissent de retourner au bercail pour des raisons de regroupement familial. Le chômage et les mauvaises conditions de travail viennent en second lieu des motifs de retour (15,2 %), la retraite (14,2 %), la nostalgie du pays (7,6 %) et les cas « extrêmes », concernant les expulsions et les refoulements (6,1 %).

Le Marocain n’est pas ingrat

Ceux qui décident de rentrer au pays ne se tournent pas les pouces, puisqu’ils contribuent bien au développement du tissu socio-économique. En effet, le HCP indique que 14 % des migrants marocains de retour décident d’investir leur argent au sein du royaume dans différentes activités. Ceux-ci ont d’ailleurs un penchant pour le commerce, à en juger par les 25,4 % que ce secteur totalise à ce niveau, suivi par l’agriculture (17,3 %), la restauration (11,4 %), l’immobilier (8,7 %) et la construction (6,7 %).

D’ailleurs, l’État compte bien récompenser ceux-ci, tout comme n’importe quel porteur de projets qui aspire à investir au sein du royaume. En effet, le projet de loi de finances 2020, en accord avec la vision du Roi Mohammed VI pour les années à venir, concernant l’encouragement de l’investissement, a fixé la création du Fons d’appui à l’entrepreneuriat, qui prévoit un accompagnement financier de 6 milliards de dirhams sur les 3 années à venir.

Mais pas que, puisque les porteurs de projets pourront même bénéficier d’un accompagnement sur mesure, notamment à travers la mise en place d’une plateforme de mise en relation avec les bons contacts sur le marché, qu’ils soient nationaux tout aussi bien qu’étrangers.

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