Création de richesse : Ce que la contribution économique de chaque région dit pour l’avenir

24 Déc 2019 à 17:04 Economie
Création de richesse : Ce que la contribution économique de chaque région dit pour l’avenir

Le Maroc est l’un des pays africains les plus développés en termes de performances économiques à l’heure actuelle. Le royaume, qui se place aujourd’hui en tant que hub pour les investisseurs aussi bien du continent qu’étrangers, n’arrive pourtant pas à établir un équilibre entre ses différentes régions pour ce qui est de la répartition des richesses du pays. Toutefois, cette situation devrait changer dans le cadre des dispositions du projet de loi de finances 2020 (PLF 2020).

Le royaume a réussi à s’imposer en Afrique en tant que référence sur différents secteurs d’activités ces dernières années, notamment pour ce qui est de l’industrie automobile, de l’aéronautique, de l’agriculture, ainsi que des énergies vertes renouvelables.

En attirant des noms importants comme Renault et PSA, mais aussi Bombardier, le Maroc a démontré sa capacité à attirer des investisseurs imposants, mais aussi à faire valoir son savoir-faire, notamment sa force de travail hautement qualifiée, qui s’exporte bien à l’étranger.

Par ailleurs, il s’impose aujourd’hui en tant que référence de l’énergie solaire, chose possible à travers le projet Noor, plus grande station solaire en Afrique, et qui devrait garantir 52 % des besoins énergétiques du royaume à l’horizon 2030.

Pour ce qui est de l’agriculture, le royaume arrive toujours à s’imposer auprès des salons mondiaux grâce à ses produits, tels que l’argan, richesse propre au Maroc et qui est largement utilisée dans les produits cosmétiques, mais aussi l’huile d’olive, avec laquelle le royaume dispose de la certification du Conseil Oléiculture International (OIC), et avec laquelle il se hisse au même rang que d’autres pays tels que l’Italie et la Tunisie.

Cela dit, la distribution des richesses du royaume ne se fait pas à parts égales entre les différentes régions du pays. En effet, l’on remarque une forte activité économique au sein des grandes métropoles, ainsi que certains endroits comprenant des infrastructures propices au développement à ce niveau. La majorité de la richesse du royaume provient des régions de Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima, alors que les provinces du sud sont toujours à la traîne.

Déséquilibre structurel pour la création de richesse

La Direction des Études et des Prévisions Financières (DEPF), relevant du ministère de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’Administration (MEFRA),a publié ses données concernant les profils régionaux du Maroc. Il en ressort que la majorité de la richesse du pays tient son origine dans le centre et le nord du royaume. Ainsi, la région de Casablanca-Settat contribue à hauteur de 26,5 % au PIB national (2017) et s’impose en tant que première créatrice de richesse, en plus d’être la première destination en termes d’investissements des entreprises et établissements publics (EEP) avec une part de 36 % en 2019.

La région de Rabat-Salé-Kénitra vient en second lieu au niveau des EEP avec une part de 17 %. La région se met au-devant de scène en tant que 2e contributrice à l’économie nationale, à travers ses réalisations dans le domaine des services, marchands (1re) et non marchands (2e), mais aussi avec ses performances dans le secteur agricole, où elle s’impose en tant que deuxième contributeur. De plus, celle-ci s’impose actuellement en tant qu’acteur industriel, via les réalisations enregistrées au niveau de l’Atlantic Free Zone de Kénitra, qui comprend plusieurs acteurs mondiaux de l’industrie automobile, tels que le groupe Renault, le groupe PSA et Citic Dicastal.

Le nord du royaume a lui aussi sa part sous les projecteurs, puisqu’il comprend la plus grande infrastructure d’export du continent africain (1er en Afrique et 45e dans le monde), notamment le Port Tanger Med. Cette plateforme sert de porte d’entrée et de sortie pour les échanges économiques nationaux et du continent envers l’Europe, mais aussi de porte d’entrée pour les investisseurs européens souhaitant développer leurs activités en Afrique.

Tanger Med sert ainsi au transit des produits agricoles, notamment les tomates et les agrumes, mais surtout pour les voitures, notamment de la marque Dacia, exportées vers l’Europe et l’Égypte.

La région Tanger-Tétouan-Al Hoceima contribue ainsi à hauteur de 8,6 % au PIB national, et s’impose en tant que deuxième contributeur à la valeur ajoutée industrielle du pays, tout en s’accaparant 7 % des EEP.

Cela est bien, dans la mesure où cette situation reflète une économie qui se porte bien, mais!. Si le centre et le nord contribuent grandement au développement économique du royaume, il s’avère que la donne est autre dans les provinces du sud. Celles-ci contribuent généralement à moins de 5 % au PIB national, dans la mesure où en analysant les données présentées, l’on se rend compte qu’il y’a un grand écart en termes d’investissements économiques dans la région.

Ainsi, la région de Guelmim-Oued Noun contribue à hauteur de 1,1 % au PIB national et s’accapare 1 % des EEP. La région de Laâyoune Sakia El Hamra représente une part de 3,3 % dans le PIB et de 3 % pour les EEP, alors que la région de Dakhla Oued Ed-Dahab contribue à hauteur de 0,8 % au PIB et détient 1 % des EEP.

Cela résulte en effet du manque d’investissements économiques dans ces régions, en plus du fait qu’il y’a un manque énorme en termes d’infrastructures. Cela dit, cette situation devrait changer, suite aux appels du roi Mohammed VI, notamment pour ce qui est d’encourager les investissements sur l’ensemble du territoire, mais surtout pour lier ces régions au reste du Royaume par la ligne ferroviaire.

Toutefois, il est à noter que ces régions profitent d’un point positif, notamment leur niveau social. En effet, l’on enregistre des taux de pauvreté très bas dans le sud du royaume par rapport aux métropoles économiques du royaume. Cela dit, le taux de chômage y demeure bien plus important, du fait du manque d’opportunités, ce qui résulte en un mouvement de masse vers des villes plus développées sur le plan économique.

Le PLF 2020 à la rescousse

Le développement du Social et l’encouragement des investissements sont deux facteurs clés du PLF 2020. Le MEFRA, Bank Al-Maghrib (BAM) et le Groupement Professionnel des Banques du Maroc (GPBM) ont eu la tâche de faciliter l’accès au financement pour les TPME et les porteurs de projets, notamment en mettant en place un fonds spécial de 6 milliards de dirhams à cet effet. Cela va au-delà du financement, puisqu’il s’agira aussi d’un accompagnement structurel afin de permettre auxdites entités de porter leurs idées à bon port.

Par ailleurs, l’Office National des Chemins de Fer (ONCF) a été appelé à se pencher sur la mise en place d’une ligne ferroviaire, afin de rallier le sud du royaume à l’ensemble du territoire. D’ailleurs, c’est l’un des points qui bloquent actuellement, puisque le lancement en 2018 de la ligne à grande vitesse (LGV), Al Boraq, a permis de faciliter le déplacement de la force de travail, mais aussi d’accélérer le climat des affaires entre les 3 principaux points économiques du royaume. L’objectif est donc de mettre en place le même élan, mais pas que.

Moulay Hafid ElAlamy, ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Économie Verte et Numérique, a clairement expliqué, suite à la présentation du PLF 2020, qu’il sera procédé à des incitations économiques au profit des investisseurs souhaitant s’implémenter dans le sud du royaume. Que ce soit sous forme d’exonérations fiscales, de faciliter d’acquisition du foncier, ainsi que d’accès au financement à taux avantageux, tout a été de façon à porter les provinces du sud au même niveau de développement socio-économique que le reste des régions du royaume.

L’objectif aujourd’hui est donc de concrétiser cette vision, tout en garantissant un suivi en accord avec un plan de travail adéquat à la situation de cette zone.

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