Rétro politique: 10 dates qui ont fait l’année 2019

28 Déc 2019 à 08:30 Politique
Rétro politique: 10 dates qui ont fait l’année 2019

Au Maroc, l’année qui s’achève a été marquée par un contexte politique interne et externe des plus tendus. Ce qui ne serait qu’un euphémisme pour décrire une année charnière, la vingtième sous le règne du roi Mohammed VI. Par ordre chronologique, Hespress FR retient 10 dates politiques aux effets et aux répercussions certains.

Encore une année qui touche à sa fin, avec son lot d’événements. Des événements qui défilent au gré des maîtres des horloges politiques. Il est admis que la géopolitique commande la politique qui, elle-même, conditionne les rapports sociaux dans un pays donné. En voici 10 de datés.

Du sable à Genève

À l’invitation de l’envoyé personnel de l’ONU pour le Sahara, une délégation marocaine s’est rendue à Genève les 21 et 22 mars derniers pour participer à une 2e « table ronde » sur ce dossier régional, aux côtés de l’Algérie, du « Polisario » et de la Mauritanie. Conduite par Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères de la Coopération internationale, cette délégation comprenait également Omar Hilale, représentant permanent du Royaume du Maroc auprès des Nations Unies à New York, Sidi Hamdi Ould Errachid, président de la région Laâyoune-Sakia El Hamra, Ynja Khattat, président de la région Dakhla-Oued Eddahab et Fatima Adli, membre du Conseil municipal de Smara.

La diplomatie marocaine n’a pas communiqué sur l’atmosphère et les conclusions des entretiens directs tenus sous les auspices des Nations Unies. Mais les officiels marocains, notamment le représentant permanent du Royaume auprès de l’ONU, n’ont eu de cesse à souligner « il n’y a pas de solution à la question du Sahara en dehors de la souveraineté du Maroc ».

Un argentin à Rabat

34 ans après son prédécesseur le pape Jean Paul II, le chef de l’Église catholique arrive sur le sol marocain le 31 mars dernier. Un voyage apostolique en terre d’Islam donc, où le Pape François a pu souligner cette « nécessiter de renforcer le dialogue interreligieux ». Charité chrétienne oblige, il a aussi été question de plaider la cause des migrants. Le Maroc étant l’un des pays de transit de l’un des plus grands flux migratoires de notre époque.

On vous augmentera en trois temps

Après 8 mois de négociations dans le cadre normatif du « dialogue social », un deal tripartite pu voir le jour. Etat, patronat et trois des quatre centrales syndicales représentatives du monde du travail (la CDT s’étant retirée) ont signé le 25 avril dernier le premier accord social sous le gouvernement El Othmani. Des augmentations de salaire, aussi bien dans le secteur public que privé sont ainsi prévues. Elles s’étalent sur trois ans (2019-2021) et sont censées « améliorer le pouvoir d’achat ».

Une augmentation mensuelle de 500 DH pour les fonctionnaires de l’Etat en trois temps : 200 DH le 1er mai 2019, 200 le 1er janvier prochain, et 100 en janvier 2021. Et pour le privé, une hausse du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) de 10% sur deux ans dans l’industrie, du commerce et des services dans le secteur privé ainsi que dans le secteur agricole.

Touchés par la grâce

Le 4 juin dernier à l’occasion de l’Aïd Al Fitr, le roi Mohammed VI a accordé de grâce à 755 personnes, dont certaines sont en détention et d’autres en liberté, condamnées par les différents tribunaux du Royaume. 60 détenus du Hirak du Rif ont été libérés ce jour-là, en plus de 47 autres détenus dans le cadre Hirak de Jerada.

Enfin reconnue chez elle 

La Chambre des représentants a adopté le 10 juin dernier le Loi organique 26.16 fixant les étapes de la mise en œuvre du caractère officiel de la langue amazighe et les modalités de son intégration dans l’enseignement et dans les différents secteurs prioritaires de la vie publique, promulguée par le 12 septembre suivant.

Un texte de loi prévu par la Constitution de 2011, pour la généralisation de la langue amazighe, huit ans après sa reconnaissance comme langue officielle. Comme toute loi organique, elle devait être soumise pour approbation au Parlement dans un délai n’excédant pas la durée de la première législature suivant la promulgation de la Constitution de 2011, mais ce n’était pas le cas. Le texte a largement été contesté par le tissu associatif Amazigh qui a dénoncé des «  formules générales et inexactes », résultat d’une « absence de concertation ».

Réformer. Mais en quelle langue ?

L’adoption du Projet de loi-cadre 51.17 relative au système de l’éducation, de l’enseignement, de la formation et de la recherche scientifique le 2 août dernier a été accompagné par un large débat au niveau nationale. Cette loi-cadre censée « réformer » le système éducatif, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle au Maroc a été décriée par les syndicats du secteur.

Beaucoup y ont vu une « atteinte à la gratuité de la gratuité de l’enseignement public » et un « encouragement du secteur privé ». De plus que le retour à l’emploi des langues étrangères dans les matières scientifiques a fait couler d’encre, avant que les défenseurs de l’arabisation de l’enseignement n’en viennent au fait en renonçant à une lutte perdue d’avance…

Avortement: le débat est relancé

Journaliste du quotidien arabophone Akhbar Al Yaoum, Hajar Raissouni a été arrêtée le 31 août dernier à Rabat pour « avortement illégal » et « relations sexuelles hors mariage ». Son fiancé soudanais, son gynécologue, la secrétaire de ce dernier, en plus d’un anesthésiste ont également été arrêtés et jugés au cours d’un procès largement suivi et commenté par les médias étrangers.

La journaliste et son fiancé soudanais ont nié les faits, mais finiront par être condamnés à un an de prison ferme. Graciés par Mohammed VI, ils n’auront purgé que 47 jours avant d’être remis en liberté. Au cœur de la polémique virale suscitée par cette affaire sociétale, le Projet de loi 10.16 modifiant et complétant les dispositions du Code pénal. La réforme de ce texte de loi a été initiée en 2015, toujours en discussion au parlement. Faisant valoir son rôle d’institution consultatif, le CNDH a déposé le 31 octobre suivant un mémorandum très porté sur les libertés individuels. Et même les Oulémas du royaume s’y sont mis, le 3 décembre dernier.

La rentrée par remaniement

Dans son discours du Trône le 29 juillet dernier, Mohammed VI a annoncé avoir chargé le Chef du gouvernement de lui soumettre des propositions visant à renouveler et enrichir les postes de responsabilité. Du « sang neuf » et des « ministres de haut niveau, choisis selon les critères de compétence et de mérite », soulignait le roi.

Le 9 octobre suivant, le nouveau gouvernement a été nommé, comptant 23 ministres, contre 39 auparavant. Des secrétariats d’Etats supprimés ou fusionnés à d’autres, des Secrétaires d’Etat remerciés, promus ministres ou ministres délégués, et des portefeuilles additionnels octroyés à des ministères maintenus…

Fin du mariage temporaire

Le 4 octobre dernier, à la veille d’un remaniement ministériel où tous les paramètres politiques le donnaient sortant, le PPS a tranché en interne en faveur du retrait du gouvernement El Othmani. Une décision prise par le Conseil national du parti, sous insistance de son Bureau politique. Le PPS n’a plus à rien à faire dans la majortié d’El Othmani, et il l’a fait savoir avant que le couperet tombe.

Depuis la victoire du PJD aux Législatives de 2011, Le parti de Nabil Benabdallah s’était érigé en allié solide des islamistes. Mais la non réélection de leur ancien chef Abdelilah Benkirane pour un troisième mandat de Secrétaire général a porté un coup dur à la relation entre les deux formations. Seul, le ministre PPS de la Santé Anas Doukkali s’est opposé à la décision de tous. Mais El Otmani n’a pas souhaité lui garder son strapontin.

Pays cherche modèle 

Une Commission spéciale sur le « modèle de développement » a été désignée par le roi Mohammed VI le 19 novembre dernier. Outre son président, l’ambassadeur du royaume en France Chakib Benmoussa, cette Commission voulue par le souverain est composée de 35 membres évoluant au Maroc ou à l’étranger, et ayant des parcours académiques et professionnels pluriels.

Elle devra s’atteler à examiner l’état des lieux, au vu des réalisations faites et des réformes engagées. Et d’ici l’été 2020, elle devra soumettre au monarque les grandes inflexions souhaitables et les initiatives concrètes à même d’adapter un nouveau « modèle de développement ». Les travaux de la première réunion de la Commission spéciale ont débuté le 16 décembre dernier à Rabat.

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