FNM: les musées ne sont pas destinés uniquement à l’élite Marocaine

18 Déc 2019 à 07:29 Culture
FNM: les musées ne sont pas destinés uniquement à l’élite Marocaine

La Fondation Nationale des Musées (FNM) a tenu ce mardi 17 décembre un point de presse, au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat, durant lequel elle a présenté ses principales réalisations, ses faits marquants, le bilan de la première Biennale mais ses perspectives et celles du Musée Mohammed VI de Rabat, qui a fêté en octobre dernier ses 5 ans.

Poursuivant l’orientation de multiplier les collaborations et les coproductions, la FNM confirme que ces cinq années (2014-2019) ont été d’une part marquées par la signature de conventions avec des institutions de renommée internationale, telles que le Musée du Louvre, le Musée Pouchkine, le Musée Pompidou, le Musée d’Orsay, l’Institut du Monde Arabe, le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée et autres.

Photo: Mounir Mehimdate

Des conventions qui constituent, poursuit la FNM, un véritable gage de confiance accordé par les partenaires internationaux à ses équipes et qui considèrent désormais le Maroc comme un acteur majeur de la scène artistique et muséographique mondiale, soulignant que depuis sa création il y a 5 ans, la FNM a organisé au sein du Musée Mohammed VI de Rabat pas moins de 20 expositions, ainsi qu’une dizaine d’expositions dans des musées régionaux.

Mais pas que ! Pendant ces 5 dernières années, plusieurs musées ont vu le jour fait savoir la FNM notamment le Musée la Kasbah des Cultures Méditerranéennes de Tanger (2016), le Musée de l’Histoire des Civilisations de Rabat et le Musée des Confluences Dar El Bacha de Marrakech (2017) ainsi que le Musée National de la Céramique à Safi et le Musée nationale du Tissage et du Tapis, Dar Si Said à Marrakech (2018).

D’autres musées sont actuellement en rénovation, fait savoir la fondation, à l’image du Musée Batha de Fès, le Musée de la mémoire juive du Maroc de Fès, Musée Dar Jamai et Borj Belkari de Meknès, Musée des Oudayas de Rabat et le Musée du Patrimoine immatériel à la place Jamaâ El Fena.

Pour Mehdi Qotbi, président de la FNM, qui s’est confié à Hespress Fr « c’est toujours une fierté qu’un pays comme le Maroc puisse avoir aujourd’hui un tel écho à travers le monde. C’est la récompense d’une passion, d’un travail d’une équipe, qui n’est pas énorme, mais par la passion qu’elle porte en elle, elle peut déplacer les montagnes. Quand on voit la réalisation de la Biennale, l’exposition des impressionnistes (…) Nous avons aujourd’hui une fierté de ce que nous avons apporté et porté au Maroc et aussi grâce à Sa Majesté qui a donné à la culture la place qu’elle doit avoir ».

Photo: Mounir Mehimdate

En parlant de la place de la culture au Maroc, Qotbi a fait noter que le Roi Mohammed VI est « attentif aux petits détails » à ce sujet. Il nous a rapporté un fait marquant à cet égard: « Le Roi m’a appelé un jour pour me demander vous fermez le musée à quel heure ? J’ai répondu à 18h ! Il m’a dit que ce n’est pas normal. 18h c’est l’heure où les gens sortent de leurs bureaux et des écoles. Et on a ouvert immédiatement sur les deux jours le Musée Mohammed VI et on va généraliser pour permettre aux gens d’aller encore plus nombreux. Ce changement d’heure a également permis de donner aux gens la possibilité de venir au musée en dehors de leurs horaires de travail ».

Interrogé sur les ambitions de la FNM, Mehdi Qotbi nous indique qu’il s’agit de « mettre, l’art, les grandes expositions, les grands noms à la portée de chaque Marocain, mais au même temps qu’ils connaissent aussi leur propre patrimoine puisqu’il y a au minimum une exposition par an d’un artiste marocain. Donc nous rendons hommage à la fois à notre patrimoine et nous nous ouvrons sur les autres ».

Pour l’aménagement, le réaménagement et l’organisation des expositions dans les différents musées du Royaume, des budgets importants s’imposent. Ainsi, près de 5 millions de dirhams sont investis. Grâce aux donateurs la FNM a pu réaliser plusieurs avancées en matière d’art et de culture au Maroc en mettant à la disposition du citoyen marocain des espaces aux normes internationales. Mais est-ce que les donateurs sont assez généreux ?

Interrogé sur ce point, Qotbi nous fait savoir que « les donateurs sont des gens qui veulent d’abord avoir confiance parce que souvent on a pris leur argent et on n’a rien fait avec. Aujourd’hui, ils ont vu, ce sont eux qui viennent vers nous parce que nous faisons un excellent travail ».

« Les gens voient aujourd’hui comment les musées ont évolué. Vous savez des gens m’abordent dans la rue et me disent merci le mot musée existe dans notre langage », soutient-il.

Pour Abdelaziz El Idrissi, Directeur du Musée Mohamed VI de Rabat, « c’est d’abord un engagement envers le public marocain et avec le visiteur ».

« Donc le fait de pouvoir donner aux gens la possibilité de visiter des expositions comme celle de Picasso, c’est tout simplement rendre la culture un élément accessible au large public marocain. Faire venir une Biennale qui était réalisée sur la totalité du territoire de Rabat, c’est un énorme exploit. Parce que, ça nous a permis d’élargir le champ du possible dans ce pays. Ça nous a permis de donner aux gens la possibilité de venir voir des œuvres réalisées par des Marocains et des internationaux et ça nous a permis aussi de montrer aux internationaux ce qui existe comme potentiel dans ce pays. Donc c’est à la fois une visibilité qu’on donne aux Marocains, et une visibilité qu’on donne du Maroc à l’extérieur », a-t-il déclaré à Hespress Fr.

Selon cet expert en arts qui dirige le musée de Rabat d’une main de fer, « la culture ne doit pas être un élément de luxe ». Abdelaziz El Idrissi, insiste sur le fait que la culture « n’est pas un élément de discrimination, ni un élément réservé à l’élite mais un produit que les Marocains doivent consommer quotidiennement ».

« Si on est en train de travailler sur les expositions, c’est qu’on est en train de contribuer à la formation des citoyens. On est en train de jouer notre rôle d’institution éducative aussi. On est en train de jouer un rôle pour avoir des têtes bien faites. Quand on donne la possibilité aux gens de voir l’art c’est tout simplement leur donner la possibilité de découvrir un autre moyen de communiquer », poursuit-il.

Le directeur du Musée Mohammed VI de Rabat ambitionne d’avoir à la fin de l’année 2020, « 10 musées restaurés à l’échelle du Maroc. Deuxièmement, instaurer une véritable programmation culturelle dans la totalité de ces musées. Troisièmement, élaborer l’inventaire général du patrimoine muséale marocain et numériser ce patrimoine, doter chaque objet d’art marocain d’une carte d’identité, pour que l’objet existe réellement et avoir la possibilité d’être visible. Quatrièmement c’est drainer le public marocain vers les institutions. Avoir au moins 500.000 visiteurs dans la totalité des musées. Si j’arrive à faire ça durant cette année je serais content ».

Photo: Mounir Mehimdate

« On est arrivé à 140.000 pour la Biennale au niveau de Rabat, mais il faut imaginer qu’on ne travaille pas uniquement à l’intérieur du Musée Mohammed VI de Rabat. On a un travail aussi à faire sur d’autres sites où on est présent. On a 16 musées qui doivent être opérationnels, et qui répondent aux normes muséologiques et muséographiques, 16 musées qui doivent être accessibles, 16 musées qui doivent être des institutions vivantes etc. Et donc si on arrive à faire ça, notre mission sera complétée », détaille-t-il.

Interrogé sur la Biennale, la première de Rabat, notre interlocuteur nous confie que c’est « difficile ». « Difficile parce qu’on a essayé de faire quelque chose hors normes parce que soit on doit exister ou ce n’est pas la peine de faire une biennale qui ressemble aux autres. On a voulu faire une Biennale qui se distingue et de qualité. On a reçu 65 artistes qui viennent de l’étranger, il fallait les accueillir, les prendre en charge, il fallait s’organiser pour les avoir mais aussi pouvoir leur donner la possibilité de repartir contents après avoir produit leurs œuvres au Maroc. Donc, ça c’est quelque chose qui est difficile », dit-il.

Et de conclure: « C’était aussi difficile parce que faire venir un artiste c’est facile, mais ça l’est moins de le satisfaire quand il sera là, et garder son œuvre dans de bonnes conditions alors que nos espaces ou les espaces qu’on a exploités un peu partout ne répondent pas forcément aux normes des expositions. Il fallait les doter de moyens, il fallait tout mettre en place. Finalement ça a donné ses fruits. On est content que le public fût au RDV. On est content parce que les œuvres étaient bien conservées  et que le public a réussi à avoir une idée sur la production artistique moderne et contemporaine ». 

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