Mohamed Attaoui, fervent défenseur de la cédraie, derrière les barreaux en appelle au Roi

Mohamed Attaoui, fervent défenseur de la cédraie, derrière les barreaux en appelle au Roi

Une dizaine d’associations de protection de l’environnement appellent depuis un certain temps à la libération du militant écologiste, Mohamed Attaoui, emprisonné depuis trois mois au pénitencier de Midelt, après son transfert d’Er-Rachidia. Ce fonctionnaire, d’une commune rurale (technicien assermenté dans la Commune de Tounfite), a été condamné, selon ses défenseurs, pour « avoir dénoncé, il y a une dizaine d’années déjà, une histoire de trafic de cèdre ». Les détails.

Mohamed Attaoui avait été congédié de son poste. Une plainte a été déposée par ses soins auprès du tribunal, et il a eu gain de cause contre le président de la commune de Tounfite. Mais au lieu de reprendre ses fonctions, il s’est retrouvé derrière les barreaux. En effet, on lui aurait sorti pour ce faire, une affaire datant d’une dizaine d’années, où il avait été reconnu coupable dans une histoire de pot-de-vin.

Entre temps, Attaoui avait été agressé, alors qu’il était en compagnie de son jeune enfant, par, semble-t-il, des personnes qu’il associe à la Mafia du cèdre. Il avait été blessé et sa voiture endommagée à coups de pierres. Il avait déposé plainte avec certificat médical attestant ses blessures, mais aucune suite n’a été réservée à sa plainte.

Acteur et activiste engagé dans la lutte pour la protection de l’environnement à Tounfite, Mohamed Attaoui, 54 ans, défendait particulièrement le cèdre en dénonçant les mafias qui exploitaient ce filon, qui plus est, est un patrimoine national protégé. Malheureusement la cédraie est en voie d’épuisement dans le royaume, de par une exploitation sauvage et l’abattage d’arbres centenaires, d’où une déforestation inquiétante et des cimes de nos Atlas de plus en plus désertifiés.

Au regard des dégâts causés dans la cédraie de l’Atlas, et au vu de l’abattage et de la coupe et découpe impeccable de ces arbres mythiques, force est de constater que les auteurs de ces crimes sont tout simplement des pros et qu’ils font usage de matériels des plus sophistiqués. De plus le transport de ces stèles nécessite bien plus que des bêtes de somme, à savoir des véhicules (camionnettes et camions). Ils doivent emprunter pistes et routes, qui normalement contrôlées, ne devraient pas permettre leur passage en toute impunité sans un « laxisme », pour ne pas dire plus.

Ces régions du royaume, même enclavées, ne sont pas des zones de non-droit, mais pâtissent de manque de moyens humains et matériels pour préserver ce patrimoine, classé depuis 2013, comme une espèce en voie de disparition, voire d’extinction.

Pour la géographie de la commune d’où est originaire Mohamed Attaoui, Tounfite se situe dans le Haut Atlas oriental et culmine à 2000 mètres d’altitude. Elle jouit d’un climat continental très froid en hiver (neiges d’un à deux mètres de hauteur). Sa biodiversité est exceptionnelle, et fait que les cèdres et le chêne vert couvrent des étendues de 49.000 hectares, qui se trouvent être sous le contrôle des Eaux et forêts. On y vit de cultures vivrières et d’élevage. Cette région est malheureusement convoitée par des lobbys opportunistes, qui exploitent au maximum ses ressources.

Tounfite et Anemzi, une commune voisine, selon Attaoui, brassaient chacune, il y a une quarantaine d’années, des recettes dépassant le milliard de centimes, sans que depuis il n’y ait eu de retombées positives sur les populations locales (infrastructures de base routes, santé, enseignement… et/ou, pour protection des ressources naturelles). Les habitants de ces régions forestières s’organisèrent au sein de coordinations locales (marches de protestation et boucliers humains) afin d’interdire aux Eaux et forêts de numéroter les lots forestiers destinés à la vente pour la production forestière du bois de cèdre et s’interposer contre l’exploitation effrénée de ces richesses.

Tout récemment, nous dit Mohamed Benata, autre écologiste dans la protection de l’environnement,  le président de la Commune rurale d’Anemzi, proche de la commune de Tounfite dans la province de Midelt, Ahssaine Asghir, a dénoncé dans une vidéo publiée sur Facebook « la dégradation de la forêt de cèdres par la mafia avec la complicité du service forestier moyennant corruption. Cette accusation confirme que l’action de notre ami Mohamed Attaoui est légitime et nécessite l’intervention du procureur du Roi pour lancer une enquête à ce sujet« .

Enfin, poursuit-il pour paraphraser Mohamed Attaoui, « il est temps d’amender la législation répressive concernant le cèdre et considérer sa coupe et sa commercialisation comme un acte criminel sanctionné par la loi en parfait accord avec l’intérêt qu’on porte pour la préservation de l’environnement et les équilibres écologiques ».

Pour la défense de Mohamed Attaoui, des vidéos sont diffusées sur les réseaux sociaux et tournent en boucle. Des militants associatifs, du Maroc et d’ailleurs, demandent sa libération, dont sa fille, qui implore une intervention du Roi Mohammed VI.

بعد اعتقال ابن تونفيت "محمد العطاوي" .. نشطاء مغاربة و أجانب يطالبون باطلاق سراحه

بعد اعتقال ابن تونفيت و الناشط البيئي "محمد العطاوي" المدافع عن غابات الأرز، نشطاء مغاربة و أجانب يطالبون باطلاق سراحه.

Publiée par ‎Akhbarmidelt أخبار ميدلت‎ sur Samedi 2 novembre 2019

D’autres, comme celle de France 24, qui reprend une vidéo de « l’Observateur » Ahmed Hamid, membre de l’Association des Enseignements de la Vie et la Terre du Maroc (ASEVT), dénoncent les dégâts commis par l’abattage clandestin du cèdre de l’Atlas, un arbre millénaire qui couvre 134.000 hectares de forêts au Maroc. Les trafiquants de bois, attirés par sa forte valeur marchande, profitent du manque de moyens investis pour sa préservation.

Le tort, de Mohamed Attaoui, selon les écologistes approchés, serait d’avoir pointé du doigt une éventuelle complicité de certains services avec la Mafia du cèdre. Attaoui, qui dénonçait régulièrement sur internet (Facebook YouTube…) les pratiques mafieuses, aurait été victime, selon les Associations environnementales, d’un « règlement de compte ». Ces dernières, ainsi que sa famille, considèrent que son arrestation est le résultat de sa défense désespérée du cèdre dans les forêts de l’Atlas.

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