Education: Comment inverser la culture de la médiocrité au Maroc?

16 Déc 2019 à 08:09 Education
Education: Comment inverser la culture de la médiocrité au Maroc?

L’enseignement au Maroc n’a pas fini de faire parler de lui… en mal. Après la publication des résultats de l’enquête PISA 2018 à laquelle le Maroc a pris part pour la première fois, les questions foisonnent et les éléments de réponse s’imposent d’eux-mêmes. Le problème ne se situe pas seulement chez les élèves qui n’ont pas le niveau minimum requis, mais c’est surtout le système éducatif au Maroc qui est sanctionné, avec évidemment des lacunes observées en son noyau même, à savoir l’enseignant.

Pour Youssef Saadani, directeur des études économiques à la CDG, par ailleurs pris de passion pour le domaine de l’éducation depuis de nombreuses années, le problème devrait être pris à  bras le corps dès la racine, c’est-à-dire faire un focus sur le primaire et non pas attendre le collège pour régler les problèmes car à ce moment là, il sera trop tard.

« Il faut agir sur les bons niveaux éducatifs. Tout se joue au primaire, il n’y a pas de secret. Un pays qui est bien positionné dans le primaire, sera bien positionné dans dix ans», a-t-il affirmé, soulignant la nécessité de cibler les blocages majeurs, les contraintes cruciales et savoir qu’est-ce qui fait qu’à la fin du primaire, 2/3 des enfants ont des difficultés majeures de lecture et raisonnement mathématique.

Concernant les éléments handicapant le Maroc, Youssef Saadani y va de sa propre théorie. Selon lui, les causes principales des problèmes du primaire reviendraient à trois sujets, le premier étant l’accumulation des lacunes des élèves de la première année jusqu’à la sixième année de primaire. « Le système a une tolérance extrême à l’accumulation des lacunes sans frein à l’échec scolaire », déclare l’économiste estimant qu’il faudrait pouvoir faire des évaluations bien avant la sixième année et accompagner les élèves en difficultés à chaque niveau.

Le second sujet se rapporte à la solitude de l’enseignant dans l’exercice de son métier. « On demande à l’enseignant d’accomplir des tâches qui le dépassent complètement. Il est seul pour se développer professionnellement. Et il est seul pour aider ces élèves qui sont en grande difficulté », assène l’expert qui ajoute qu’en plus de cela on demande au professeur « de prendre en charge toute la détresse sociale du pays qu’on retrouve dans les classes ».

Filière de l’enseignement plus attractive

Enfin, troisième sujet, le plus important et qui se rapporte également à l’enseignant, point central du système, c’est la méthode de recrutement de ces derniers qui se fait par « anti-sélection ». Selon Youssef Saadani, le constat est là, « aujourd’hui le métier d’enseignant attire les plus mauvais de leur génération plutôt que les meilleurs», c’est un choix qui se fait par défaut et donc n’est pas un choix positif.

En effet, les licenciés qui se présentent au concours pour devenir enseignants, en passent plusieurs autres et choisissent entre le métier de policier,  gendarme etc. une carrière qui leur parait plus intéressante que celle de l’enseignement, plus compliquée.

Ainsi, « il faudrait que le recrutement des enseignants se fasse après le bac pour que ça soit un choix positif. Il faut que la filière de l’enseignement soit prestigieuse et attractive », et attire les meilleurs bacheliers de leur génération et pas le contraire. Citant des chiffres pour illustrer ses propos, Youssef Saadani a fait allusion à une enquête de 2016, menée auprès des enseignants du primaire pour mesurer leur niveau par l’observatoire national de développement humain en collaboration avec la banque mondiale. Le résultat montre que 67,6% des enseignants ont un niveau minimum en maths (30% donc qui ne maîtrisent pas les opérations mathématique de base), 4,2% d’entre eux maîtrisent la langue arabe et le français le score est de 0%.

En outre, en ce qui concerne les nouveaux enseignants recrutés dans les récentes vagues, les données administratives sur la mention au bac, révèlent que presque 65% d’entre eux n’ont pas eu de mention. L’ambition serait donc de recruter les enseignants parmi les meilleurs de leur génération « en gros, on mettrait le seuil de sélection au top 30% au bac, donc ça fait un peu les meilleures mentions A.Bien. L’idée ce serait de prendre 1/3 des meilleurs chaque année », explique l’expert pour illustrer son idée de sortie de crise.

Pour rappel, les résultats de l’enquête PISA 2018 qui placent le Maroc parmi les derniers du classement rejoignent la plupart des résultats des autres enquêtes internationales (avec méthodologies différentes) sur l’éducation réalisées au Maroc (PIRLS pour la lecture, TIMSS pour les mathématiques, et PNEA une évaluation nationale).

Selon les résultats, plus des 2/3 des élèves marocains à tous les stades de la scolarité ont de grandes difficultés d’apprentissage. Concernant seulement PISA, 73% d’élèves de 15 ans au Maroc n’ont pas un niveau de compétences suffisant en lecture en n’atteignant pas le niveau 2 minimum de l’OCDE qui leur permettrait de réussir dans la vie adulte et le marché du travail, contre une moyenne de 22% pour les pays de l’OCDE.

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