Pâturages: Akal dénonce l’exploitation de la terre par le cheptel Qatari

29 Nov 2019 à 10:39 Politique
Pâturages: Akal dénonce l’exploitation de la terre par le cheptel Qatari

Après la réussite de la marche organisée à Casablanca en février 2019, la Coordination Akal pour la défense du droit des habitants à la terre et à la richesse annonce son intention de marcher le dimanche 8 décembre prochain à Casablanca pour faire valoir ses revendications. Liées à l’exploitation de la terre et des ressources souterraines de la zone géographique entre le Tensift et l’Oued Noun, notamment par le cheptel qatari, ces revendications sont portées par l’ensemble des composantes de la société civile de cette zone, rejointes par les citadins originaires de ces régions et par la diaspora marocaine en Europe et en Amérique du Nord. 

La Coordination Akal a tenu une conférence de presse pour communiquer au sujet de la grande marche prévue à Casablanca le 8 décembre prochain. Si les porte-paroles de la Coordination parlent de « droits non négociables liés à la terre », c’est qu’ils expliquent en substance que le cahier revendicatif du mouvement qui a organisé plusieurs manifestations sur et en dehors des territoires concernés « n’a pas encore été pris en compte par l’Etat marocain ».

Ce document, dont coordinateur d’Akal à Rabat, Hammou Hasnaoui, a exposé les grandes lignes, repose sur quatre axes principaux. On apprend de prime abord que le tissu associatif de ces régions conteste « les règles juridiques basées sur les conséquences historiques du Protectorat français et espagnol au Maroc », et demande comme solution « la suppression des Dahirs promulgués durant le Protectorat (1912-1956), et des décrets et les lois en vertu desquels l’Etat exproprie la population d’origine de son territoire ».

L’autre revendication de taille étant « la dissolution du Haut-commissariat aux Eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD) », désigné avec véhémence de comme « une continuation administrative des institutions militaires françaises au Maroc » et qualifiée d' »agence immobilière« . La Coordination demande par ailleurs que l’autorité publique en charge du domaine forestier soit sous tutelle du pouvoir exécutif.

Haro sur les Eaux et forêts 

Toujours dans le cadre des prérogatives du Haut-commissariat dirigé par Abdeladim El Hafi, Akal exige que la réserve de biosphère de l’arganeraie, à cheval entre le Haut-Atlas occidental, la vallée du Souss et l’Anti-Atlas, « ne soit pas incluse dans le domaine forestier sous tutelle des Eaux et forêts« . Hammou Hasnaoui déclare sur ce point que « l’arganier n’a jamais été classé comme un arbre forestier, mais au contraire, il a un Dahir spécifique qui régit son exploitation à un moment donné, mais il a été décidé de le classer comme un arbre forestier comme prétexte à l’acquisition de terres dans la région« .

Cr: Mounir Mehimdate

Troisièmement, les composantes de la société civile de ces zones comprises entre les régions de Marrakech-Safi, Souss-Massa, et Guelmim-Oued Noun dénoncent « la prolifération du sanglier » dans leur zones vitales.  « Nous considérons cela comme une politique de déplacement intentionnel des habitants de ces régions », estime le porte-parole de la Coordination à Rabat.

En fin, Akal souhaite exprimer à travers cette marche « le rejet massif de la population » du Projet de loi 113.13 sur la transhumance pastorale, la gestion et l’aménagement des espaces pastoraux. Hammou Hasnaoui soupçonne ce texte de loi en cours d’adoption « de violer la propriété foncière« . Qualifié sous sa forme actuel d' »inacceptable », il serait élaboré, selon la version que défend la Coordination, « après un accord conclu avec l’État du Qatar, qui envisageait d’exploiter des pâturages en Australie avant que ce pays ne les expulsent en découvrant que le cheptel qatari mettait extrêmement à mal la végétation« . Hammou Hasnaoui a notamment expliqué que le Projet de loi en question « impose le pâturage de force sur ces zones« , « légalise la violation de la propriété terrienne privée, non conforme aux dispositions de la Constitution qui protège ce droit pour tous les Marocains« .

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L’antenne locale d’Akal à Rabat a également tenu à clarifier une position qu’elle impute à « certaines parties intéressées et inféodées à l’Etat, affirmant que la population de ces zones sont en conflit avec les nomades Sahraoui’. Pour Hammou Hasnaoui, « il s’agit d’un mensonge, parce que nous sommes opposés aux responsables des pâturages mafieux et aux investissements des entreprises d’élevage, exploitant dangereusement la végétation de la région« .

L’acteur associatif déclare que « les nomades ordinaires, avec lesquels nous avons des rapports, ne peuvent ni être affrontés ni empêchés d’exploiter des zones historiques fixées par le Droit positif établi bien avant la rédaction d’une loi sur le pâturage« . C’est dans ce contexte qu’il a évoqué les cas d’attaques contre la population locale, allant jusqu’au meurtre et au viol. « Les autorités locales ont une attitude négative à l’égard de la population, allant même jusqu’à protéger les assaillants« , considère le porte-parole d’Akal.

En donnant rendez-vous aux citadins originaires de ces régions pour une marche à Casablanca, la Coordination d’Akal assure que « des discussions sont en cours avec les commerçants des villes, en vue d’une grève générale au cas où la marche n’apporterait pas de réponses claires » et qu’elle « pourrait recourir à la grève dans les zones touchées en cessant, comme moyen de pression, d’envoyer des enfants à l’école« . Hammou Hasnaoui souligne pour sa part que le collectif « dispose d’autres moyens plus pressants que nous nous préservons actuellement de soumettre« .

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