Nouveau discours de Gaid Salah : Un avertissement aux ingérences étrangères

27 Nov 2019 à 16:58 Monde
Nouveau discours de Gaid Salah : Un avertissement aux ingérences étrangères

Le général de Corps d’Armée algérienne, Ahmed Gaïd Salah, a de nouveau fait un discours, mercredi 27 novembre, au moment où la pression étrangère se montre accrue. Le militaire, sans citer le nom d’aucun pays, a lancé un avertissement à la bande, encore une fois en anonyme. Mais il semblerait que ce soit la France, les États-Unis et l’Union européenne qui soient dans le viseur.

Entretenant le mystère sur les supposés acteurs de la bande et de « ses relais » qui a « échoué dans tous ses desseins », le général Ahmed Gaid Salah a déclaré que « ce peuple vaillant déjouera les tentatives » de ceux qui ont eu « recours à des parties extérieures, notamment celles connues pour leur profonde haine historique et qui ne veut pas le bien de l’Algérie et de son peuple ».

« Ce peuple, qui a crié haut et fort, qu’il n’a pas besoin de leçons quelle que soit leur origine, sait parfaitement comment répondre au moment opportun à ces porte-voix, qui tentent en vain de s’immiscer dans ses affaires et d’entraver le processus du passage de l’Algérie à une nouvelle ère », a ajouté le militaire dans son allocution en marge d’une visite de travail au Commandement des Forces aériennes.

Affirmant que le peuple algérien « sait parfaitement comment surmonter la situation actuelle », notamment en menant le pays vers une « nouvelle phase radieuse », et cela « grâce à l’engagement de son armée à préserver l’Algérie libre, indépendante et souveraine dans ses décisions », il ne sera accepté « aucune ingérence ou diktat et ne se soumettant à aucune tractation de la part de quiconque et je dis bien de la part de quiconque ».

Faisant bien évidemment référence à la France, le chef d’État-major de l’Armée nationale populaire (ANP) a ajouté qu’« à l’exception des traîtres qui ont vendu leur conscience au colonialisme tyrannique, la position prise par le peuple algérien à l’époque à travers tout le pays, fut une position mémorable et irréprochable, que nul ne peut nier », soulignant « la machine de guerre cruelle et des manœuvres fallacieuses du colonisateur français tyrannique ».

Tout en accordant la part du lion de son discours à cette ingérence étrangère et en faisant l’éloge de l’Armée Nationale Populaire et de ses accomplissements lors de la libération de l’Algérie du colonialisme, le général Ahmed Gaid Salah s’est lancé tant bien que mal, dans une énième tentative de faire adhérer les Algériens à l’idée d’aller voter pour la présidentielle du 12 décembre.

Ce nouvel appel à aller vers les urnes, en application du plan prévu par l’inamovible pouvoir algérien, trahit les inquiétudes des artisans de la stratégie de sortie de crise qui voient grossir chaque semaine les rangs des manifestants, surtout à l’approche de ce scrutin largement rejeté.

Bensalah s’y met aussi 

Il faut dire que Gaid Salah n’a pas été le premier à dénoncer la main étrangère cette semaine. La veille déjà, le chef d’État par intérim, Abdelkader Bensalah a lancé une tirade pour rejeter l’immixtion étrangère.

« Je voudrais, à partir de cette tribune, réitérer que l’Algérie demeure profondément attachée à son rejet de principe de toute ingérence étrangère dans ses affaires internes, quelles que soient les parties qui pourraient en être l’instigateur et quelles qu’en soient leurs intentions, déguisées souvent, pour ne pas dire toujours, sous le couvert des droits de l’Homme, diaboliquement politisés dans la plupart du temps », a-t-il lancé à l’ouverture de la réunion du Conseil des ministres, qu’il a présidé mardi à Alger.

Hormis la France, l’Union européenne et les États-Unis sont visés par les dirigeants algériens. En effet, la semaine dernière l’eurodéputé, Raphaël Glucksmann, a affirmé sur Twitter qu’il y aura « un débat sur l’Algérie et une résolution d’urgence » cette semaine au Parlement européen, malgré la résistance des lobbies. Il avait par ailleurs réagi au Hirak, les marches populaires antisystèmes et pacifiques ayant débuté le 22 février, les qualifiant de mouvements « massifs » et « exemplaires ». « Cette révolution qui ne brise pas un carreau et pourtant pourrait changer la face du monde », a-t-il lancé en référence au Hirak.

Selon Observ’Algérie, qui cite des sources diplomatiques américaines ayant requis l’anonymat, il y aurait effectivement des « pressions diplomatiques » pesant sur la tête des dirigeants algériens. « Ces pressions diplomatiques sont, bien entendu, indirectes, mais elles pèsent très lourd », a déclaré la source.

Selon le journal, l’administration de Donald Trump aurait reçu des rapports qualifiant Ahmed Gaïd Salah de « militaire déconnecté de la réalité » dont le passage en force avec des élections présidentielles « pourrait aggraver la crise politique et sociale de l’Algérie ».

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