MGPAP : Plata O Plomo

29 Août 2018 à 12:30 Société
MGPAP : Plata O Plomo

La mutuelle générale du personnel des administrations publiques (MGPAP), connaît depuis 2012 une « Hémorragie » sans précédent de cadres, qui vont jusqu’à démissionner de leurs postes. Signe de protestation manifeste, cette tendance n’est certainement pas le fruit du hasard, le responsable désigné est un, car bizarrement, l’année de son arrivée à la présidence concorde avec le début des départs. La Mutuelle va mal, mais d’où vient la plaie ? Qu’est ce qui pousse les employés, parfois forts de 30 ans de carrière, à tout laisser derrière eux et s’en aller ?

Hespress FR a posé les questions qui fâchent. En voici une première partie

Tout commence en 2012, cette année, l’ancien président termine son mandat, et un autre président, Abdelmoula Ablemoumni, prend sa place aux élections, jusqu’ici rien d’anormal.

Quelques mois plus tard, des démissions commencent à se succéder les unes après les autres, mais personne ne fait pour le moment de rapprochements, il est possible que le phénomène ne soit que passager.

La plaie :

Deux ans après, en 2014, les employés se succèdent encore à la porte, mais là c’est un autre coup de théâtre, l’IGF qui contrôle généralement les comptes tous les deux ans ne passe pas comme l’atteste Said Bouzekraoui, ex chef de la division des ressources humaines et ex directeur, qui a passé 30 ans à la MGPAP avant de démissionner: « La mutuelle a un budget annuel de 400 à 500 millions de dirhams, pour le contrôler c’est l’IGF (inspection générale des finances) qui doit venir, mais ça fait 6 ans qu’elle n’a pas mis les pieds ici, depuis que le nouveau président est en place, alors que d’habitude elle venait tous les 2 ans».

Selon lui les conditions de travail saines ne sont plus disponibles, et les gens démissionnent justement pour cette raison. « Des élus veulent tirer le maximum de profit dans une période de 2 ou 4 ans, mais l’employé est permanent, et il n’y a pas d’employé auquel tu donneras 20.000 ou 30.000 par mois et qui démissionnera juste comme ça ».

« C’est la première fois de l’histoire de la MGPAP qu’il y’a une telle hémorragie de cadres »

Le président actuel userait de son pouvoir pour recruter des personnes de manière illégale sans passer de concours, ce que refusent les responsables des ressources humaines, les poussant donc à renoncer à leurs postes.  « Dans la division des ressources humaines, 5 chefs de division se sont succédés depuis 2013, c’est trop… il faut savoir que les personnes recrutées l’ont été de façon directe sans avoir eu à passer de concours. Ces derniers ont en effet « profité » d’un favoritisme (bak sa7bi). »

Said Bouzekraoui illustre ses propos ça par le circuit de dépenses qui va créer problème : « si quelqu’un est recruté de manière illégale, celui qui devra le rémunérer dans la comptabilité aura peur, et il démissionnera pour ne pas avoir à fournir d’explications à son supérieur hiérarchique, vu que ce n’est pas ce dernier qui a approuvé son recrutement».

Plata O Plomo :

Les employés de la mutuelle se retrouvent automatiquement dans un dilemme, soit fermer les yeux à leurs risques et périls soit quitter le navire d’une manière ou d’une autre.  « Maintenant si tu ne veux pas faire passer ce genre de choses tu t’en vas, et si tu restes là-bas tout en ne rentrant pas dans ce système, ils te renvoient». Dans les deux cas tu t’en vas!

Said Bouzekraoui, notre interlocuteur a lui-même été renvoyé pour avoir tenu tête, et sa femme, une employée de la MGPAP, l’a été également sans qu’elle n’ait de relation avec le sujet.

Abdelmoula Ablemoumni est le président du directoire, le directeur quant à lui est un employé, et les membres du directoire sont élus. Le directeur n’a pas de réel pouvoir, il ne fait qu’exécuter les ordres du président, c’est pour ça que beaucoup d’anciens directeurs ont démissionné.

Des plaintes et des condamnations sans résultats :

Plusieurs démissionnaires ou personnes renvoyées ont porté plainte, la justice a tranché en leur faveur, pourtant les choses restent inchangées, et le président n’applique pas les condamnations sans être inquiété pour autant.

« Moi-même je l’ai poursuivi en justice, le tribunal a tranché en ma faveur, et il a une astreinte de 8.000 dhs par jour, tant qu’il ne m’a pas réintégré dans à mon poste. Il me doit quelque 3 millions de dirhams actuellement, du 17 septembre 2017 jusqu’à maintenant. Il y en a d’autres aussi à qui il doit des sommes similaires, mais il ne paie pas. Est-ce qu’il va pouvoir payer tout ça maintenant ? D’où est-ce qu’il pourra se procurer cet argent ? » se demande Said .

Délits en tous genres :

Malheureusement, les dépassements du président vont bien au-delà de l’emploi illégal. Ainsi, Said Bouzekraoui affirme qu’il rémunérerait des représentants généraux lors des réunions, ce que le ministère des finances interdit formellement :

« Ces représentants généraux représentent en effet les ministères et pas la Mutuelle pour que celle-ci les rembourse, c’est leur direction d’origine qui en est chargée. Abdelmoula veut les rémunérer pour qu’ils revotent pour lui, mais ça ne marche pas comme ça, même si certains acceptent le deal.

Cet état de fait rend difficile le vote pour un autre président « puisque le conseil général qui doit voter pour lui est constitué à près de 70% de retraités, auxquels il verse entre 3000 et 5000 dhs, et qui ressortent contents ne sachant même pas qui est leur interlocuteur, on leur dicte quoi faire et ils le font. »

Pourquoi le système électoral lui permet de rester en place ?

Chaque 800 adhérents sont représentés par une personne, qui vont voter pour le directoire, qui va voter enfin pour le président

Le président actuel, est employé du crédit agricole, et Bouzekraoui nous dévoile sa stratégie malsaine. « Au crédit agricole dans tout le Maroc, il y’a 3.600 adhérents qui doivent donc être représentés normalement par 4 ou 5 personnes, il a lui-même rapporté de là-bas 50 représentants… Les 500 représentants élisent un directoire constitué de 33 personnes qui votent pour le président, mais nous n’attendons pas de ceux-ci qu’ils votent pour lui ou pas, on veut juste que l’Etat applique la loi. »

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