La CAF est-elle entrain de mettre en péril le football africain?

02 Déc 2019 à 10:39 Sport
La CAF est-elle entrain de mettre en péril le football africain?

Problèmes de gouvernance, organisation bafouée et compétitions entre-mêlées, la Confédération Africaine de Football (CAF) peine à faire briller le football africain qui subit plusieurs cafouillages de la part de l’instance africaine. De nombreux acteurs s’interrogent : La CAF est-elle encore capable de gérer les affaires footballistiques du continent? 

La CAF, et le football africain de manière générale, traverse une période délicate semée d’embuches, depuis plusieurs mois, d’abord avec le licenciement de son secrétaire Amr Fahmy sous fond de polémique, les nombreuses controverses de la CAN 2019, le gigantesque scandale de la finale de la Ligue des Champions africaine ou encore la garde à vue de son président Ahmad Ahmad. 

Les choses ne semblent pas s’arranger, avec la FIFA qui a décidé d’imposer une mainmise sur l’instance africaine, qui est désormais inspectée par sa secrétaire générale, Fatma Samura, cette dernière comptant bien prolonger sa mission au-delà de 2020.

“C’est clair qu’il y a des problèmes dans le football africain. On l’a aussi vu avec la finale de la Ligue des Champions de la CAF. La situation actuelle m’inquiète et inquiète la FIFA. Plusieurs fédérations africaines nous demandent de faire quelque chose”, avait précédemment déclaré le président de l’instance mondiale, Gianni Infantino.

Une décision qui a semblait jeter un voile sombre sur le foot africain, comme l’a fait remarquer le sélectionneur du Togo, Claude Le Roy.

« Puisque l’Afrique est sous la supervision de la Fifa, pensez-vous que l’Afrique puisse avoir un impact réel sur les décisions du football mondial ? », s’est-il interrogé.

Ahmad Ahmad en perte de crédibilité 

Cette prise de pouvoir de la part de la FIFA intervient après la brève interpellation le 6 juin dernier à Paris d’Ahmad Ahmad par l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF).

Une obscure ré-attribution de contrat d’équipements avait valu au patron du foot africain une audition, dans le cadre d’une enquête pour «association de malfaiteurs», «corruption», «abus de confiance» et «faux et usage de faux». Il en était ressorti libre, sans poursuite.

Ahmad avait également été accusé de harcèlement sexuel à l’encontre de quatre employées de la CAF, dont les noms n’ont pas été révélés.

Le Malgache ne fait visiblement pas l’unanimité dans le monde du football. Ce dernier avait d’ailleurs été accusé, par Pape Diouf d’être « un pantin « , après qu’il ait  envisagé de retirer l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun, qui avait finalement été écarté pour problèmes d’infrastructures.

Plus encore, le président de l’instance a été l’auteur de nombreux ratages, avec la pénurie des arbitres avant la Coupe du Monde U19 ou encore après avoir fermé les yeux sur la fraude sur l’âge des joueurs, avant de prendre des mesures radicales pour combattre ce fléau.

Une organisation tirée par les cheveux 

Les dernières décisions prises par la FIFA et validées par la CAF ont déclenché la colère de nombreuses personnalités du football. En effet, lors du dernier Conseil de la FIFA en octobre dernier à Shanghai, les représentants africains, avec en tête Ahmad Ahmad, avaient voté à l’unanimité la nouvelle formule de la Coupe du monde des clubs, qui se déroulera désormais tous les quatre ans et en été à partir de 2021.

Problème : c’est aussi la date choisie par la Confédération africaine de football pour la Coupe d’Afrique des nations à 24 équipes.

Dans l’impasse, la CAF a décidé de réagir en annonçant une batterie de mesures lors du Comité exécutif de la Confédération, qui s’est tenu, ce jeudi 21 novembre au Caire. Ainsi, en raison des conditions météorologiques, les dates de la CAN 2021 seront décidées conjointement par la CAF et le pays hôte, à savoir le Cameroun. Les mois de juin et juillet correspondent à la saison pluvieuse au pays des Lions Indomptables, qui doit accueillir la compétition.

Mieux, précise le comité, « dorénavant pour toutes les compétitions de la CAF, l’administration décidera des dates, des heures et du lieu des matchs après avoir analysé les avis des équipes concernées ».

L’Afrique en second plan

La place de la CAN dans le calendrier du football mondial est ainsi remise en cause en raison de  l’ »amateurisme » dont font preuve les dirigeants de la CAF.

Il y a deux ans, la Confédération africaine de football avait opté pour une CAN l’été au lieu de janvier-février, principalement pour éviter les conflits répétés entre clubs et pays. Si la Coupe du monde des clubs prend la place de la CAN, ce sera à nouveau un énorme problème pour les joueurs africains évoluant dans les clubs européens et ils sont nombreux. Quid de la préparation d’avant saison et du repos des joueurs au moins trois semaines l’été.

« On est encore dans un pataquès et ça va être au détriment de la CAN », avance Alain Giresse à RFI. L’ancien sélectionneur de la Tunisie s’inquiète de la surcharge du calendrier.

« Le Mondial des clubs à 24, la Coupe du monde à 48, la Ligue des nations européenne, tout cela semble être une vraie course à l’armement. Les grandes instances du football doivent développer notre sport. Mais là, c’est un engorgement, une sorte d’asphyxie. C’est impossible de jouer la CAN et d’enchaîner avec un championnat », dit l’ancien sélectionneur du Mali.

Et d’ajouter : « Sur une période de 4 ou 5 années, les joueurs auront une seule année de vacances normales. Ce sont des hommes avant tout. »

Les acteurs du football africain montent au créneau

Pour Claude Le Roy c’est le football africain qui est entrain de mourir à petit feu. « La décision d’organiser la Coupe du Monde des Clubs au mois de juin signifie qu’ils sont en train de tuer la Coupe d’Afrique des Nations », a-t-il déclaré à la BBC.

« Quand ils ont décidé de faire un championnat du monde de clubs avec 24 équipes en même temps que la Coupe d’Afrique des Nations, c’est terrible pour la projection de cette belle compétition, la Coupe d’Afrique des Nations », estime l’ancien du Congo.

« Ce n’est pas le bon moment pour disputer la Coupe du Monde des Clubs », a déclaré de son côté, Khaled Mortagy, membre du conseil d’administration du club égyptien Al Ahly, à BBC Sport.

Pour résumer la situation de la CAF, Pape Diouf regrette une gestion qui ne semble plus profiter à l’Afrique mais aux pays qui l’étouffent.

« Le football, en Afrique, ne saurait se développer isolément. On attendait cependant que la CAF éclaire les impasses et donne des couleurs aux voies sombres. Au lieu de quoi elle oublie que, comme le disait François Mitterrand, « la clarté est la forme la plus difficile du courage ». Il y a des façons de faire qui ne grandissent pas », estime-t-il.

Pour mieux enfoncer le clou, Diouf a profité de son passage lors d’un colloque au Sénégal pour clasher la confédération. « La CAF avait tout fait pour faire comprendre que la Coupe d’Afrique des nations de football ne doit se disputer qu’en été. Et subitement, la voilà qui fait un pas en arrière. L’institution et ceux qui la dirigent montrent leur inconséquence de plus, puisqu’ils avaient soit raison avant, donc ils ont tort aujourd’hui, ou vice versa« , a-t-il déclaré.

« J’ai toujours soutenu que depuis le départ d’Issa Hayatou, nous sommes malheureusement gouvernés par une bande d’incapables qui ne savent absolument pas à quel saint se vouer et qui ne font pas du tout avancer le football africain« , a-t-il balancé

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