Les femmes marocaines toujours plus violentées en 2018

22 Nov 2019 à 12:51 Société
Les femmes marocaines toujours plus violentées en 2018

Les violences contre les femmes est un phénomène social qui connait une courbe ascendante au Maroc. Les régions d’Agadir et d’Essaouira se présentent comme étant celles où sévit le plus grand nombre de violences à l’égard des femmes. 

C’est ce qui ressort du rapport 2018 relatif à la violence basée sur le genre d’un réseau d’association de protection des droits de la Femme. Selon les données enregistrées par le réseau dont l’action a couvert 24 régions, le nombre de cas déclarés de violences faites aux femmes recueillis par les centres appartenant au réseau Femmes solidaires, a atteint les 12.233 contre 10.559 en 2017 avec 2.475 femmes qui été accueillies dans les différents centres du Royaumes après avoir été victimes de violences, la plupart du temps de la part de leur époux.

Ces cas comportent plusieurs types de violences classés en cinq catégories: psychologique, physique, économique, juridique et sexuel.

Sur le total des centres d’accueil pour femmes basés sur 24 régions du Maroc, les centres d’Essaouira, d’Agadir, de Ouarzazate et de Casablanca, enregistrent les plus importants taux de cas accueillis par les associations faisant partie du réseau d’associations, avec respectivement 16.28%, 13.85%, 10.3% et 8.73%. Les centres de la région d’Al Hoceima quant à eux, ont recueilli les taux les plus bas de cas de femmes violentées, avec 0.64%.

Les données sont presque les mêmes concernant le nombre de violences déclarées et recueillies auprès des centres durant l’année 2018, qui se répartissent comme suit: 1529 cas de violences déclarés à Essaouira, 1281 à Agadir, 1239 à Casablanca, 958 à Rabat, 940 à Ouarzazate pour les nombres les plus élevés, et 241 cas à Al Hoceima comme plus bas chiffres enregistrés.

Des chiffres plus bas que la réalité

Concernant le type de violences, celles d’ordre psychologique arrivent en tête avec 48.95% soit 5989 cas au titre de l’année 2018, d’ordre économique et sociales 24.42% totalisant 2987 cas enregistrés, physiques avec 15.17% soit 1856 cas, juridiques de l’ordre de 6.78% (829 cas) et enfin sexuelles avec 4.68% soit 572 cas.

Parmi les violences psychologiques citées, qui s’accompagnent dans la plupart des cas d’autres formes de violences, les injures/insultes apparaissent comme étant la forme la plus répandue. S’en suivent, les mauvais traitements, l’humiliation et le mépris, la menace de divorce, le serment de continence et de délaissement, l’absence volontaire de l’époux, la menace de mort et la menace d’expulsion du domicile conjugal.

Selon le document, ces chiffres, ne reflètent pourtant pas la « réalité », et surtout au niveau des cas de violences sexuelles déclarés et enregistrés. Leur faible nombre, qu’il s’agisse d’une agression sexuelle en lieu privé ou public, s’explique par le fait que ce phénomène reste un tabou « entouré de silence dans la société marocaine », indique le rapport. En outre, la difficulté de prouver de tels actes et la manière dont les plaintes sont traitées dans ses différentes phases, en partant de l’enquête, de l’investigation au procès, et au vu du contexte socio-culturel marocain, fait peser la responsabilité de ces violences sur les femmes.

Le rapport explique par ailleurs que le viol conjugal est totalement exclu dans les déclarations et, la reconnaissance de ce type de violences sexuelles n’est pas possible dans une société « machiste et intolérante » telle que la société marocaine.

Le conjoint, principal concerné

Pour rappel, la grande majorité des cas de violences faites aux femmes déclarées ont été commis par le conjoint de ces dernières. Au total, ce sont 71.47% des femmes qui sont mariées, 10.67% divorcées, 8.33% fiancées, 5.05% mères célibataires qui oint été accueillies par les centres en 2018.

Selon le rapport, le taux élevé de femmes mariées subissant des violences conjugales se traduit par la perception culturelle de l’institution du mariage marquée par une forme de « sacralité » et la « domination » de l’homme dans une société patriarcale. L’homme devient comme le détenteur d’une « autorité disciplinaire », d’une « supériorité » et d’une « dominance sur tous les membres de sa famille » qui le transforme la femme comme un être dépendant, ajoute le document.

De plus, la caractère sacré conféré à l’institution du mariage dans la société marocaine ajoute plus de freins, faisant des événements se passant au sein du cadre du mariage comme une affaire privée qui ne permet pas l’ingérence de la loi.

Ainsi, notant que les données enregistrées pour l’année 2017 et 2018 se ressemblent, et cela, en dépit de l’entrée en vigueur de la loi 103-13 relative à la lutte contre la violence faites aux femmes, le réseau Lddf-Injad et Femmes solidaires, estime que la situation requiert une intervention urgente du législateur.

Le réseau d’association appelle donc l’ensemble du mouvement des droits humains et des droits des femmes à renforcer son plaidoyer institutionnel pour accompagner la loi 103-13, et ce, « malgré ses insuffisances » et prôner des « politiques publiques vidant l’élimination des causes culturelles et institutionnelles de la violence au sein de la société », notamment en intervenant dans plusieurs domaines comme l’éducation, la santé, l’information et l’éducation à la citoyenneté et aux droits humains.

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