Interview. Intégration économique, l’Afrique entre rêve et réalité

Interview. Intégration économique, l’Afrique entre rêve et réalité
samedi 16 novembre 2019 - 08:30

Devant les grandes aspirations des dirigeants africains et de toute la communauté africaine de voir un continent unifié au niveau de sa politique économique qui permettrait de renforcer et d’augmenter les flux d’échanges commerciaux entre ses différents États, la réalité du terrain rattrape souvent ce grand projet d’intégration.

Interrogé par Hespress FR en marge de la 12e édition du forum MEDays sur les blocages qui empêchent une intégration rapide et efficace de l’Afrique, Nabil Adel, économiste, professeur à l’ESCA et conseiller du président de la Chambre des représentants, livre son analyse de la situation.

Selon vous, quels sont aujourd’hui les obstacles qui handicapent l’intégration économique de l’Afrique ?

Concernant la création d’une zone de libre-échange au niveau continental, « l’Afrique est dans un paradoxe historique », a estimé l’expert. « Par rapport à l’Afrique, c’est une étape avancée, mais par rapport à d’autres blocs commerciaux régionaux c’est la dernière entité qui n’a pas été à un niveau élevé ».

Justifiant cela par des chiffres, Nabil Adel, a ajouté que le volume des échanges intra-africain était de l’ordre de 10 %, à 70 % pour l’Europe, 50 % pour l’Amérique et à 52 % pour l’Asie, « c’est dire gap (le fossé) qui sépare l’Afrique de ces ensembles de blocs commerciaux régionaux ».

Pour l’économiste, le premier frein qui mine le développement de la zone de libre-échange africaine, est un frein politique et institutionnel. « Nous avons beaucoup d’États qui ont faibles, fragiles, et minés par des guerres, des États en faillite, et dans cet environnement-là, on ne peut pas avoir un commerce fluide », a-t-il souligné affirmant qu’il faut d’abord pacifier une zone avant de pouvoir y faire du commerce. « Sans cadre institutionnel stable, il ne peut pas y avoir de développement commercial ».

Pourtant des multinationales existent dans les pays en guerre et instables politiquement…

« Ce sont des commerces marginaux et ce n’est pas le genre de commerce qui permet l’émergence et le décollage économique d’un pays. On peut toujours faire du commerce, mais entre faire du commerce à 100 et faire du commerce à 5, il y a une différence », a estimé Nabil Adel ajoutant que l’ambition c’est quand même de le faire à 100 au lieu de le faire à 5.

Pour lui, il y aurait un lien « presque mécanique » entre développement d’une zone commerciale et le nombre de guerre et conflits qui s’y trouvent.

Quels sont les autres éléments qui ne permettent pas un niveau d’échange important entre les pays africains ?

« Tout ce qui est lié aux infrastructures. Sans infrastructures de qualité, il ne peut pas y avoir d’échanges », a-t-il déclaré en référence au transport en premier lieu et sous toutes ses formes qu’il s’agisse du routier, du maritime, de aérien, ou du ferroviaire.

Pour notre interlocuteur, il y a « également tout ce qui en rapport avec les procédures d’échange entre les pays » estimant que ces procédures sont très hétérogènes d’un pays à l’autre, « ce qui est source de beaucoup de retards, beaucoup de bureaucratie, ce qui ralentit les flux de commerce, raison pour laquelle les gens se tournent vers des pays où les flux sont beaucoup plus simples ».

Crédits Photo: Soufiane Fassiki

Enfin, « le tissu productif est un autre important élément »  freinant le flux d’échanges et bloquent l’intégration économique de l’Afrique. « Sans production, il y a très peu d’échanges. Or, l’Afrique produit très peu », a-t-il affirmé, prenant pour exemple le cas du Maroc dont le taux de pénétration est estimé à 45 %, ce qui équivaut à un produit sur deux qui se retrouve importé.

« C’est extrêmement difficile à encourager une zone de libre-échange (dans ce cas-là) parce qu’on ne produit rien pour l’échanger ». Ainsi, selon l’universitaire, arriver à des accords sur le papier sera toujours possible, mais lorsqu’il s’agira d’aller sur le terrain c’est là que le problème se posera.

Concernant le projet de monnaie unique actuellement discuté, est-il réaliste ?

« Si l’on prend la sous-région CEDEAO, l’un des objectifs de la CEDEAO c’est de créer à terme une monnaie unique. On parle de 2020, mais je ne pense pas que ça soit réalité et on essaiera de repousser l’échéance ».

Selon le conseiller du président de la Chambre des représentants, l’Afrique devrait passer par plusieurs phases. « Quand on voit les pays qui ont un niveau d’intégration élevé ayant abouti à la monnaie unique, ils sont passés par plusieurs phases, zone de libre-échange, union douanière, marché commun, enfin l’union économique et monétaire. L’Afrique est encore à la première phase ».

Affirmant que l’augmentation des niveaux d’échanges commerciaux intra régionaux est la première marche vers une monnaie commune, la conseillère a ajouté que ce n’est qu’une « une fois que j’ai un niveau d’échange intra régional qui est élevé que je peux penser à la monnaie, pour faciliter le paiement entre les différentes entreprises. Quand je suis à un niveau d’échange de 10 %, c’est inutile d’avoir une monnaie unique. Elle va créer plus de problèmes qu’en résoudre ».

De plus, il faut résonner en termes de monnaie commune et pas en monnaie unique, selon lui, jugeant que la monnaie unique est « extrêmement dommageable pour les économies de faible productivité ».

« On l’a vu en Europe, l’Euro a beaucoup plus profité à l’Allemagne qu’à la Grèce et ça, ce sont des pays qui ont un niveau de développement relativement élevé. Alors quand on arrive à des pays qui ont des niveaux de développement peu élevés, aller directement vers la monnaie unique c’est briser beaucoup d’économies nationales », c’est ainsi qu’il serait plus judicieux d’accroitre le niveau des échanges entre les pays en termes de capitaux, de marchandises, de services et d’hommes en premier lieu, avant d’envisager une monnaie commune.

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