ANAPEC: Vers une autonomisation des travailleuses saisonnières en Espagne

07 Nov 2019 à 20:30 Société
ANAPEC: Vers une autonomisation des travailleuses saisonnières en Espagne

Le travail des saisonnières marocaines en Espagne a connu ces dernières années certaines turbulences qui ont quelque peu terni l’image d’une coopération de longue date. En vue de préparer la saison 2019/20, une importante délégation marocaine, représentant le ministère de tutelle et l’ANAPEC,  a effectué une visite de travail à la province de Huelva en Espagne le 29 octobre dernier. Une réunion fructueuse qui a permis de tracer les grandes lignes de la campagne agricole 2019/20 entre le Maroc et l’Espagne, au titre de laquelle 16.500 femmes du monde rural iront travailler dans les champs des fruits rouges à la province de Huelva en février 2020.

Joint par Hespress Fr, Abdelmounim El Madani, Directeur général de l’ANAPEC, nous a indiqué qu’il s’agissait d’une réunion technique de routine qui se fait fréquemment à l’occasion de la préparation de chaque campagne de migration circulaire, pour notamment discuter de qui peut-être améliorer.

Ainsi, notre interlocuteur a souligné que la campagne 2019 s’est bien déroulée relativement et en comparaison avec les campagnes précédentes. Un échange a donc eu lieu entre les deux parties sur les actions qui ont permis cette amélioration pour les poursuivre.

« Pour nous, l’essentiel de ce qui a été fait, en comparaison aux campagnes précédentes, c’est qu’on a travaillé sur ces femmes avant qu’elles ne partent. D’habitude on les envoie, il démarre le travail et puis c’est tout. Mais cette année on a tenu compte de la particularité des conditions dans lequel ils vont travailler et qui est un environnement différent du nôtre. Donc il faut les préparer à cet environnement notamment en développant l’autoprotection chez elles. Elles doivent être conscientes de leur devoir comme de leurs droits pour qu’elles s’autoprotègent, en cas difficulté et savoir à qui doit-elle s’adresser», affirme Abdelmounime El Madani.

Au niveau de l’ANAPEC, le directeur général de l’établissement explique a Hespress Fr que son département a délivré tout un programme de sensibilisation et de préparation des saisonnières, qui a donné ses fruits. La preuve, aucun incident n’a été signalé lors de l’opération de 2019 qui s’est déroulée plus au moins bien, se félicite Abdelmounime El Madani.

Pour une autonomisation des travailleuses saisonnières marocaines en Espagne

Le deuxième volet de sensibilisation sur lequel a travaillé l’ANAPEC, poursuit notre interlocuteur, porte sur le volet économique et à la sensibilisation à l’auto-emploi, puisque l’établissement public en question considère que les femmes saisonnières marocaines ne vont pas en Espagne uniquement pour ramener une petite somme à consommer ici au Maroc et attendre la campagne suivante, mais peuvent plutôt faire plus.

« On s’est dit que c’est une opportunité d’insertion et d’émancipation à saisir, parce que c’est des femmes du milieu rural qui vont travailler à l’étranger et ce n’est pas donné à tout le monde. Il faut donc saisir cette opportunité pour redéfinir avec ces femmes-là un nouveau projet de vie économique. Donc on les a sensibilisées à l’auto-emploi, à la création d’entreprise, à la création de coopératives. Tout cela a surgi d’un programme que l’ANAPEC a mis en place la saison dernière (2019) », nous a-t-il détaillé.

Et d’ajouter: « C’est un programme et un effort qui a donné ses fruits et plusieurs actions se sont concrétisées. Des coopératives ont vu le jour, des femmes ont commencé à être intéressées par la création de leurs propres coopératives ou petites entreprises. Donc cette sensibilisation à l’auto-emploi permet de fructifier dans cette opération ses aspects positifs. Parce que ça n’arrive pas à ses femmes d’avoir tout le temps, un revenu exceptionnel par rapport aux conditions du marché local « .

Dans ce sens, Abdelmounime El Madani a fait savoir que le travail de ces femmes en Espagne leur permet de dégager une petite épargne qui peut, éventuellement, leur servir comme capital pour démarrer leur propre projet.

« On a donc décidé de les encadrer et les former à l’auto-emploi et accompagner celles qui le souhaitent à créer leur entreprise. Et le retour sur cet investissement sera calculé, peut-être, à partir de l’année prochaine. Donc ce sont les deux opérations fondamentales qu’on a imaginées à l’ANAPEC et qu’on a réalisées », fait valoir notre interlocuteur.

Du côté de l’Espagne, El Madani souligne que la partie espagnole a peut-être maintenant bien évalué l’importance de la main-d’œuvre marocaine après la campagne de l’année dernière, allant jusqu’à faire une proposition au Maroc ».

« On nous a proposé que ce projet d’autonomisation soit porté par l’UE et qu’on travaille sur cet aspect d’encadrement, de formation et de sensibilisation de ces femmes saisonnières. Dans un premier temps, on commencera par une opération pilote qui compte 200 femmes. C’est une formation qui va se dérouler en partie en Espagne. On va identifier les femmes motivées par l’autonomisation et par la création d’entreprise. Elles seront formées là-bas et poursuivront la formation à leur retour au Maroc », fait savoir notre interlocuteur.

La formation sera axée généralement sur les capacités personnelles, dans l’entrepreneuriat, les techniques de culture des fruits rouges, souligne El Madani, du moment où les femmes saisonnières marocaines sont dans un environnement purement technique en Espagne dont elles peuvent profiter pour apprendre plus de techniques.

Mis à part leur travail quotidien,elles auront droit à quelques heures de formation, souligne le directeur de l’ANAPEC. « L’idée de cette formation, nous dit-il, a été annoncée lors de cette réunion et retenue. Ça va être financé par l’UE. Ça veut dire que cette opération, et les réussites qu’on commence à enregistrer, commencent à inspirer même l’UE. Et il faut signaler qu’il s’agit de la plus grande opération de migration circulaire au monde. Il n’y a pas une autre plus grande que celle-ci. Donc ça commence à attirer l’attention», conclut-il sur ce volet.

L’amélioration des conditions de l’opération de transit des saisonnières Marocaines a également été à l’ordre du jour lors de la réunion à Huelva. « On nous a signalé à l’ANAPEC que les saisonnières marocaines ont rencontré quelques difficultés au niveau du port de Tarifa lors de la campagne de 2019. On a donc signalé ces difficultés à la partie espagnole parce que le port de Tarifa est petit, et le déplacement de Tarifa à Huelva prend 3 à 4 heures. Pour éviter ces difficultés, on leur a exprimé notre désir de programmer des traversées de Tanger au port de Huelva directement », le directeur de l’ANAPEC.

Une proposition qui a bien été notée par la partie espagnole, poursuit notre interlocuteur, mais une étude sur sa faisabilité technique doit-être faite auparavant. Est-ce que ça sera fait cette année ou l’année prochaine ? C’est à étudier, souligne El Madani, puisque plusieurs intervenants entrent en circuit, notamment les autorités portuaires au Maroc et en Espagne, les compagnies maritimes et autres. Toutefois, l’idée était louable et les Espagnols en ont bien pris acte, et ont exprimé leur volonté de l’étudier, le tout pour le bien-être des femmes saisonnières marocaines, affirme notre interlocuteur.

Marché de travail: cinq régions abritent plus de 71% des actifs âgés de +15 ans