PLF 2020: L’énergie et les mines en équation

08 Nov 2019 à 08:09 Parlement
PLF 2020: L’énergie et les mines en équation

En présence du ministre Aziz Rabah, le Projet de sous-budget de l’Energie, des Mines et de l’Environnement était en phase d’étude ce jeudi 7 novembre au sein de la Commission des infrastructures, de l’énergie, des mines et de l’environnement de la première Chambre. Un ensemble de propositions touchant notamment les secteurs stratégiques des énergies et des mines ont été formulées dans le cadre des discussions parlementaires en vue de promulguer le Projet de loi de finances (PLF) 2020. 

Le Projet de sous-budget de l’Energie, des Mines et de l’Environnement tire essentiellement sa substance de la Stratégie énergétique nationale. Adoptée par le gouvernement dès 2009, elle vise à assurer l’approvisionnement en énergie, la  généralisation de son accès à des prix concurrentiels, tout en contrôlant le niveau de la demande interne et en veillant au respect de l’environnement.

Relevant du périmètre d’action du ministère, le domaine d’électrification a atteint les 99,66% dans le monde rural. Le PLF 2020 devra permettre d’atteindre les 100% en cette année. Coté énergies renouvelables, la capacité productive a été de 34% cette année selon le ministère, avec l’objectif d’atteindre les 42% en 2020.

Mais le mix énergétique marocain reste très dépendant du volume de la demande pétrolière, chiffrée à 11,26 millions de tonnes avec des subventions directes estimées à 11,73 milliards de DH. Et la relative « stabilisation » de la part du gaz naturel dans le bouquet énergétique (5,5% par rapport à 2018) fait que le Maroc contionue d’accuser une lourde facture énergétique.

Proposition de traquer les lobbys 

Au cours de l’étude du sous-budget du ministère de tutelle, le groupe parlementaire du PJD a fait observer que le taux de dépendance énergétique (91,7% en 2018 contre 97,5 en 2008) ne cesse de diminuer, alors que la facture énergétique (environ 82,2 milliards de DH cette année, contre 69,1 en 2018) ne cesse de croître. Une situation due à l’importation nette des énergies fossiles, aux aléas du marché mondial et à l’augmentation de la demande interne.

Le groupe parlementaire de la majorité gouvernementale apporte en ce sens des propositions qu’il juge urgentes. « Il est temps d’ouvrir le secteur sur l’auto-production interne pour que tout citoyen ait le droit de devenir investisseur dans le domaine de l’énergie », a déclaré le député du groupe, El Houcine Hrich qui s’est demandé « qui fait obstacle à ce chantier ». Selon lui, « le retard enregistré est synonyme de reddition face aux intérêts particuliers de quelques opérateurs sur les intérêts nationaux« .

Sa demande est ainsi de « coaguler les efforts de façon horizontale et ne pas confondre l’écoute et le silence ». L’élu a également signalé que la Stratégie nationale du secteur « est toujours incapable d’absorber la main d’oeuvre spécialisée, avec le recours à la main d’oeuvre étrangère, notamment en matière de maintenance et d’entretien« , soit un dysfonctionnement qu’il convient de dépasser.

Au niveau local, le groupe PJD de la première Chambre propose d’intensifier les concertations avec les collectivités territoriales « pour faire des déchets domestiques des sources énergétiques« . Penser à généraliser l’expérience pilote réussie à Fès constituera dans ce cas un exemple à prendre. De même qu’en rapport avec le secteur agricole, le groupe parlementaire est revenu sur les problématiques projets du pompage de l’eau par l’énergie solaire.

El Houcine Hrich parle en ce sens d' »oppositions à ce genre de projets » et rappelle qu’en 2013, un programme de soutiens aux Fellahs ayant moins de 5 ha de superficie exploitée a coûté 400 millions de DH. « Des lobbys se sont mis en mouvement et nous continuos à croire que le mésusage de cette énergie propre est la plus grande illustration que dans de nombreuses occasions, les intérêts particuliers l’emportent sur les intérêts communs« , a-t-il estimé.

Le Maroc, un pays pétrolier ?

Coté opposition, le député PAM Ahmed Chouki a estimé que 10 ans après le lancement de la Stratégie nationale du secteur, « les efforts du gouvernement n’ont pas permis de réduire la dépendance énergétique, sauf à une proportion minime« . Il est revenu sur le poids des importations énergétiques, notamment les énergies fossiles ‘20% du total des importations selon les chiffres du ministère), ce qui pèse sur la balance commerciale du Maroc.

Dans le cadre de l’étude du Projet de sous-budget du département d’Aziz Rabah, il a également été question des prospections qu’autorise l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) dans différentes régions du pays. « Nous ne savons pas grand chose sur les travaux de prospection de pétrole et de gaz et il nous est permis de nous interroger sur les retards de ces travaux dans notre pays, mais aussi sur leur degrés de sérieux« , a déclaré Ahmed Chouki qui donne en exemple des découvertes dans des bassins sédimentaires comme ceux de Missour (province de Boulemane).

L’élu a par conséquent demandé que des détails soient parvenus à la Commission au sujet de la réalisation d’études géochimiques pour déterminer le contenu des roches mères générant le pétrole et d’études stratégiques et structurelles pour déterminer et désigner les roches susceptibles de renfermer ces ressources.

« Des autorisations ont été délivrées dans le but d’employer ses résultats et inciter les investisseurs à prospecter dans ce bassin, de façon à créer des emplois, développer les ressources financières de la province, en plus de renforcer son infrastructure, sachant qu’elle occupe 40% de la superficie de la région de fès-Meknès » a-t-il justifié.

Dans son rôle d’opposant au gouvernement, l’élu s’est de même demandé « si notre pays dispose de chances de produire du pétrole » et « s’il y a une réelle volonté gouvernementale pour parvenir à cette fin« . Il a évoqué d’anciennes déclarations du ministre de tutelle, expliquant que la Stratégie nationale du secteur est basée sur les directives royales et que cette Stratégie prend en compte les défis et les capacités du royaume.

« C’est comme si l’on comprend, a-t-il relevé, que le gouvernement est incapable de suivre les directives royales qui appellent à plus de création et d’innovation et à l’investissement optimal des moyens mis à disposition » .

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