Me Abdelfattah Zahrach : Bouachrine le journaliste est très différent de l’homme

27 Oct 2019 à 08:21 Justice
Me Abdelfattah Zahrach : Bouachrine le journaliste est très différent de l’homme

La condamnation du journaliste Taoufik Bouachirne à 15 ans de prison ferme en appel, a suscité beaucoup d’émoi. Difficile en effet de ne pas compatir avec l’éditorialiste talentueux, dont les écrits étaient très appréciés, mais aussi de ne pas condamner le « mâle enragé » décrit dans les salles des tribunaux.

Difficile aussi de ne pas avoir de la peine pour une personne qui devra, à priori, passer les quinze prochaines années de sa vie en prison, mais encore plus de ne pas penser aux victimes qui ont vu leur vie intime étalée au grand public, avant d’être totalement détruite pour certaines.

Mais pour Me Abdelfattah Zahrach, membre du comité de défense des plaignantes, il s’agit de bien faire le distinguo entre les deux, car affirme-t-il, « Bouachrine le journaliste est très différent de l’homme ».

Les actes criminels pour lesquels il a été condamné et qui sont documentés et authentifiés, n’ont rien à voir ni avec ses écrits ni avec ses positions, a-t-il ajouté au micro de Hespress FR.

Partant de ce constat, quelque peu amer, Me Zahrach se dit « pas du tout satisfait du verdict rendu contre le directeur de publication d’Akhbar Al Yaoum ».

Très peu, et très clément selon lui, pour « des principes de dignité, d’humanité et d’existence même qui ont été bafoués ».

« Ce n’est pas non plus à la mesure du préjudice fait aux victimes. A aucun moment notre but n’a été de soutirer des dédommagements matériels pour ces pauvres filles, car aucune somme ne peut compenser ce qu’elles ont subi », nous confie-t-il.

« Ces filles ont subi toutes les formes d’abus, aussi bien moral que physique, et même si, comme le dit la défense, les relations étaient consenties, rien n’autorise une personne à en filmer une autre à son insu pour la menacer et la faire chanter par la suite », a martelé l’avocat.

Selon lui, en dépit du fait que « les accusations de traite des êtres humains, dont Bouachrine avait été blanchi auparavant, ont été rétablies par la Cour d’appel qui en a pris compte dans la détermination de la peine de prison et des montants des amendes, cela reste très en deçà de ce qu’on attendait ».

Le tribunal a certes été convaincu mais cela n’a pas été jusqu’à la condamnation, a déploré Me Zahrach.

Le membre du comité de défense des plaignantes dans l’affaire Bouachrine a, en outre, indiqué que des consultations auront lieu pour décider de la suite des choses, qui pourraient aller dans le sens du pourvoi en cassation.

« Il faut qu’on discute entre nous avant de prendre une décision. La procédure d’appel à elle seule nous a pris 20 mois, il faut donc qu’on prenne le temps de décider de la suite qu’on veut donner à cette affaire », a conclu notre interlocuteur.

Pour rappel, Taoufik Bouachrine a été condamné, vendredi, à une peine d’emprisonnement et des amendes revues à la hausse par rapport au verdit rendu en première instance.

Il a ainsi écopé de 15 années de prison ferme, décidées par la chambre criminelle près la cour d’appel à Casablanca, de même qu’il s’acquitter de lourdes amendes: de 800.000 dhs (au lieu de 500.000) au profit de H. Asmae, de 500.000 dhs au profit de M. Sara et de 400.000 pour H. Naima et M. Wydad, outre un autre montant totalisant 150.000 dh et la somme de 300.000 au profit de l’Etat.

Bouachrine : Sa peine et ses amendes revues à la hausse