Touafik Bouachrine condamné à 15 ans de prison ferme

25 Oct 2019 à 23:13 Justice
Touafik Bouachrine condamné à 15 ans de prison ferme

La chambre criminelle près la cour d’appel à Casablanca a condamné, ce vendredi, le journaliste Taoufik Bouachrine, à 15 années de prison ferme, mettant ainsi un terme à un procès qui aura tenu en haleine une large frange de la société. 

Dans un premier temps, le tribunal de première instance avait condamné le fondateur d’Akhbar Al Yaoum à 12 ans de prison ferme.

 Le dernier mot d’un condamné

Après plusieurs absences lors des séances de son procès,  Bouachrine avait demandé à prononcer un dernier mot devant la cour d’appel de Casablanca avant le prononcé de son jugement.

Ceux qui s’attendaient à un discours fleuve, ont été déçus. Bouachrine a été assez bref, mais a tout de même tout abordé. La grâce au profit de Hajar Raissouni, les plaignantes à son encontre, le ministère public…tout y est passé.

Comme pour faire un clin d’œil au tribunal, le fondateur d’Akhbar Al Yaoum a, tout d’abord évoqué la grâce royale « comme un acte de clémence et de miséricorde », invitant la cour a s’inspirer de l’esprit de ce geste royal, accordé si noblement à Hajar Raissouni », pour faire montre de la même compassion à son égard.

Le journaliste s’est, par la suite, adressé aux plaignantes, « leur présentant des excuses (?), car elles se sont retrouvées au milieu d’une guerre qui n’est pas la leur ».

« Ce sont des victimes qui ont été instrumentalisées dans cette guerre, et je leur demande pardon », a-t-il dit, ajoutant « celles qui m’ont innocenté, je les remercie et celles qui m’ont enfoncé, je leur pardonne, et vous êtes témoin que je n’ai jamais prononcé la moindre parole blessante à leur égard, et j’ai invité ma défense à observer la même attitude, car je suis conscient de leur souffrance ».

Sur un autre registre, le journaliste, condamné en première instance à 12 ans de prison pour notamment traite d’êtres humains, abus de faiblesse, viol ou encore harcèlement sexuel, a de même évoqué le traitement réservé à son affaire, marqué par « beaucoup d’injustice, de diffamation et très peu de logique ».

Pour lui, alors qu’il a réservé une bonne partie, et non la plus tendre, au ministère public, « ce dernier ne représente aucunement la volonté de l’Etat, car statut sur la base d’incertitudes, alors que la justice se base sur des certitudes ».

Le tribunal fait preuve de complaisance à l’égard du parquet, et « les arrestations en deviennent arbitraires », a-t-il estimé, faisant remarquer que son boycott des séances n’était pas une fuite en avant ou un manque de respect à la cour, mais « en protestation contre l’attitude du parquet qui m’a privé de mon droit de me défendre et de prouver mon innocence ».

« Mon arrestation était arbitraire et j’ai vécu 22 mois de détention dans des conditions des plus sévères », a-t-il martelé.

S’adressant directement aux jurés, et à leur tête le magistrat Al Hassan Lotfi, Bouachrine a continué de charger le ministère public en affirmant qu’il « n’est qu’une partie à cette affaire, et ne peut exercer aucune tutelle sur la justice ».

Et de conclure : « J’ai peur, c’est vrai, mais la prison n’est pas ma préoccupation première, l’important est ailleurs. C’est une affaire de liberté d’opinion et de liberté de la presse. Toute une génération est concernée, celle qui a défendu la réforme de la justice, et le jugement que vous rendrez aujourd’hui constituera un document de référence en la matière ».

Touafik Bouachrine veut "le mot de la fin" avant son verdict en appel