Manifestions au Liban: Le plan Hariri approuvé

21 Oct 2019 à 16:02 Monde
Manifestions au Liban: Le plan Hariri approuvé

Les Libanais ont fait preuve d’une unité inédite, une solidarité exceptionnelle longuement attendue lors de manifestations anti-système cette semaine. Alors que doivent débuter de nouvelles manifestations ce lundi 21 octobre, le gouvernement du Premier ministre Saad Hariri est attendu au tournant. Son plan pour calmer la rue a été approuvé.

« Votre voix est entendue, et si vous réclamez des élections anticipées (…) moi Saad Hariri je suis personnellement avec vous » a déclaré le chef de l’exécutif libanais en conférence de presse lundi, soutenant le scrutin anticipé réclamé par la rue.

Le Conseil des ministres a discuté et a approuvé le plan de sortie de crise proposé par le Premier ministre en début d’après-midi, même si l’opposition au Liban estime que la rue a déjà rejeté les mesures inédites de Saad Hariri qui a prévu une série de changements profonds pour l’économie libanaise.

En effet, le chef de l’exécutif a prévu un projet de budget sans aucune nouvelle taxe, et un déficit proche de 0% mettant à contribution le secteur bancaire. Il prévoit de remettre à niveau le secteur de l’eau et de l’électricité touché par des coupures incessantes. Ainsi dès 2020 l’alimentation en électricité devrait faire du 24 heures sur 24. S’attelant aux salaires des ministres, très critiqués par la rue, Saad Hariri a en outre proposé des réductions drastiques des salaires des membres du gouvernement et des députés, soit la moitié de ce qu’ils touchent actuellement.

Le Premier ministre libanais a tenu également a ajouté que l’adoption des réformes ne vise pas à mettre fin à la contestation. « Ces décisions n’ont pas été prises en vue d’un marchandage », a-t-il expliqué déclaré après la réunion extraordinaire du gouvernement. Le gouvernement ne cherche pas « à vous demander d’arrêter de manifester et d’exprimer votre colère », a-t-il ajouté.

Les corrompus en ligne de mire

Mais les manifestants demandent un changement rapide au niveau du gouvernement. Dans les rues de Beyrouth, les milliers de manifestants ont crié « achaab yourid iskat al nidam », (le peuple veut la chute du régime) en chœur pour réclamer le départ du gouvernement dans son ensemble, avec en ligne de mire le président Michel Aoun, traité d' »incapable » et de son gendre également ministre des Affaires Etrangères Gebran Bassil.

Si cette « tawra » (révolution) comme l’appellent les Libanais, a débuté par la hausse de taxes notamment touchant l’application de discussion Whatssapp, sa cause trouve de plus profondes racines. En effet, il s’agit d’un ras le bol complet de longue date de la part des habitants du pays du Cèdre qui dénoncent des « instances dirigeantes corrompues » privilégiant leur enrichissement personnel au détriment du bien être de la population.

Pour les manifestants, il s’agit d’une « révolution » contre les « voleurs », un combat pour l’avenir du Liban, un combat pour les générations actuelles et futures. « Nous voulons un meilleur avenir pour le Liban » ont scandé les milliers de manifestants. « Ils nous volent notre Liban que nous aimons », pouvait-on lire sur les messages postés sur les réseaux sociaux.

Lundi, en ouverture du Conseil des ministres, le président libanais Michel Aoun, a estimé que les manifestations qui atteignent leur 5ème jour, étaient la preuve de la souffrance du peuple. « Toutefois, le fait de généraliser les accusations de corruption sur toutes les parties est une grande injustice », a-t-il répondu en référence aux accusations portées par la rue.

Révolution festive

La rue tient en effet un discours dur, accusant le gouvernement d’avoir laissé le pays se mourir. Pour les manifestants qui comptent bien continuer la mobilisation jusqu’à la chute du gouvernement et l’obtention de leurs revendications sociales et économiques, cette « révolution » aura déjà eu le mérite d’unifier tout un peuple de différentes religions. Un peuple longtemps divisé qui, a finalement, décidé de défendre la même cause en vue d’un changement. Vendredi, les musulmans ont prié la prière du vendredi dans les rues pendant que les chrétiens les ont entourés pour les protéger, créant des images d’unité et de bienveillance qui ont fait le tour des réseaux sociaux.

Pourtant, plusieurs élites et célébrités ont dénoncé le traitement journalistique et le portait négatif dressé par certains médias de renommée, notamment la BBC, CNN, et le New York Times, qui ont surtout partagé des images de pneus enflammés et de débris calcinés, laissant de côté les images spectaculaires de milliers de libanais peuplant les rues, noires de monde, dans une ambiance festive, chantant leur hymne national ou encore des chansons populaires mixées par un Dj.

Depuis leur début, les manifestations ont été pour le plus clair du temps, un théâtre de liesse et de patriotisme, où les libanais tous âges et catégories sociales confondues (célébrités, hommes d’affaires, leaders d’opinion, jeunes et moins jeunes) ont agité le drapeau national, chanté et dansé ensemble. Préférant tourner la situation à la dérision, certains libanais ont fait des barbecues, joué des parties de baby-foot ou encore installé des piscines gonflables en plein air.

Lundi, tôt le matin des opérations de propreté ont débuté après la gigantesque manifestation de la veille, avant le début d’une nouvelle démonstration de rébellion civile. Banques, universités restaient fermées en ce début de semaine.

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