Entrepreneuriat : À quoi doit-on s’attendre suite au discours royal

17 Oct 2019 à 11:38 Economie
Entrepreneuriat : À quoi doit-on s’attendre suite au discours royal

Les porteurs de projets auront droit à un second souffle pour ce qui est de l’accès au financement, suite au discours du roi Mohammed VI à l’occasion de l’ouverture de la première session de l’année législative, le 11 octobre dernier. Le roi a appelé le secteur bancaire à faire preuve de plus « d’encouragement » vis-à-vis des entrepreneurs, afin de les accompagner dans le développement du tissu économique national.

Les jeunes porteurs de projets et les TPE pourront bénéficier dorénavant de plus de flexibilité pour ce qui est de l’accès aux sources de financement, notamment de la part des banques. Cela ne veut pas dire que les acteurs du secteur bancaire jetteront l’argent par les fenêtres, mais qu’ils feront preuve de bonne volonté vis-à-vis des acteurs économiques de petite taille, afin de dynamiser le tissu économique. Concrètement, cela a pour objectif de lutter contre les disparités socio-économiques, mais aussi de réduire le taux de chômage auprès jeunes.

Bien évidemment, les propos du roi sont loin de vouloir dire une simple injection d’argent, mais cela va plus dans le sens d’un accompagnement complet pour les porteurs de projets. Il s’agit notamment d’octroyer des crédits avec des avantages fiscaux, mais aussi d’assurer un accompagnement technique tout au long du processus de concrétisation des idées sur le terrain. Cela passe notamment par une mise en contact avec des acteurs professionnels, mais aussi la mise en relation avec des investisseurs potentiels, marocains tout aussi, bien qu’étrangers.

Le roi a en effet évoqué le fait que le secteur bancaire marocain est en train de se développer rapidement sur l’ensemble du continent africain, aidant les porteurs de projets du reste de l’Afrique à réaliser leurs rêves, mais que celui-ci « marginalise » quelque part les compétences nationales.

Vers la mise en place d’un système pensé pour les entrepreneurs

S’il est bien de dire qu’il faut aider les porteurs de projets, il ne faut pas s’arrêter à l’étape théorique. En effet, Mohamed Chiguer, économiste et auteur de plusieurs ouvrages sur la situation de l’économie nationale, nous a expliqué que la mise en place d’une banque de projets ne pourrait qu’être intéressante pour les entrepreneurs, ainsi que pour les investisseurs potentiels. Ce genre de mécanisme devrait mettre en avant les projets innovants, tout en leur permettant d’entrer en contact avec des professionnels des différents secteurs d’activités.

Cela dit, la chose ne se limite pas à l’aide financière, puisque n’importe quelle entité qui investit de l’argent cherchera à le voir revenir, d’une façon ou d’une autre. Cette situation, quoique compréhensible, s’avère un peu compliquée pour entrepreneurs, dans la mesure où il faut du temps pour qu’un projet commence à devenir rentable. C’est d’ailleurs cette situation qui fait que le taux de mortalité des nouveaux projets au Maroc reste très élevé. En général, un projet innovant a besoin de 2 à 3 ans pour se développer et commencer à porter ses fruits, un temps qui n’est pas généralement intéressant, ni offert par les organismes de financement.

C’est dans ce sens que l’intervention de l’État entre en jeu. Celui-ci devrait se placer en tant que garant pour les projets innovants, et les accompagner dans leur développement. Toutefois, l’État devrait avoir la possibilité de sélectionner quels projets ont le plus de potentiel de réussite, quoi que cela puisse être discriminatoire pour certains, mais il n’y a pas de sentiments dans les affaires. Cela vise notamment à placer un filet de sécurité pour les banques, notamment pour ce qui est des clients à risques.

L’Etat devrait, par ailleurs, s’engager vis-à-vis des entrepreneurs, en les aidants à sceller des partenariats avec les acteurs économiques établis. Par exemple, une startup opérant dans la production d’accessoires automobiles devrait être mise en contact avec les constructeurs établis au sein du royaume, qui pourraient bien s’engager à se fournir avec ses produits pendant une période donnée. Ces derniers pourraient, par exemple, bénéficier d’avantages fiscaux pendant ladite durée, et contribueront ainsi au développement du tissu économique, ainsi qu’à la lutte contre le chômage.

Le temps est à l’action

Le milieu de l’entrepreneuriat s’attendait depuis quelque temps à un changement similaire, notamment pour ce qui est de la question du financement. Il n’y a pas eu de grands changements ces dernières années à ce niveau, malgré les différentes offres initiées par les banques nationales, à en juger par le taux de fermetures des TPE et autres petits projets.

Pour Mohamed Douyeb, membre fondateur du Think Tank Digital Act, le discours de la rentabilité des banques ne devrait pas avoir lieu d’être vis-à-vis des jeunes porteurs de projets et TPE. « C’est une vraie responsabilité morale à laquelle devront faire face les banques dorénavant. Il ne suffit plus de dire qu’un projet n’est pas bien abouti. Il faut se mobiliser en faveur des jeunes entrepreneurs, afin que leurs projets réussissent à voir le jour. Le discours du roi pourrait être vu comme un réel appel à prendre des risques, quitte à créer une dynamique où les banques pourraient ne pas voir leurs investissements revenir sur l’immédiat, mais plus sur le moyen long terme ».

Dans ce sens, le ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib, ainsi que le groupement des banques professionnelles du Maroc devraient collaborer de façon étroite pour la mise en place d’un mécanisme de financement approprié, mais aussi d’accompagnement à différents niveaux. « Les porteurs de projets et TPE veulent sentir que les banques sont de leur côté, qu’elles partagent avec eux les risques, et qu’elles misent surtout sur l’innovation. BAM et le groupement devraient se mobiliser, avec les entreprises du marché, afin de faire preuve de générosité vis-à-vis de certains projets prometteurs. Toutefois, il faut bien mettre en place un cadre qui régisse tout cela, tout en réduisant la bureaucratie. Le challenge aujourd’hui est de tendre la main aux porteurs de projets, pour qu’ils puissent créer à leur tour de la valeur ajoutée pour l’économie du pays », nous a déclaré Douyeb.

Cela dit, ce genre de mesures, ainsi que la mise en place d’un mécanise qui puisse servir de garant et d’accompagnateur pour les porteurs de projets et TPE devraient figurer dans le prochain Projet de Loi de Finances (PLF 2020), qui promet de nombreux innovations et challenges, mais surtout une révolution pour l’économie nationale.

 Le Conseil d'administration de la CGEM se réunira le 28 octobre