Peine de mort: Appel à accorder aux enfants des condamnés le statut de pupilles de la nation

13 Oct 2019 à 10:58 Société
Peine de mort: Appel à accorder aux enfants des condamnés le statut de pupilles de la nation

Les individus condamnés dans le cadre d’un crime grave à la peine de mort ont généralement des familles et des enfants. Ces derniers souffrent énormément de l’absence de l’un des deux parents et ne perçoivent généralement aucune aide, ni morale, ni sociale, ni financière.

C’est dans ce sens que la Coalition marocaine contre la peine de mort (CMCPM) a appelé à accorder aux enfants des personnes condamnées à mort le statut de « pupilles de la nation dans l’optique d’améliorer leurs conditions en termes d’accès aux prestations de base ».

Une étude a été réalisée sur la question par l’Organisation marocaine des Droits Humains (OMDH) ainsi que l’Association marocaine des droits humains (AMDH), fait savoir à Hespress Fr Boubker Largo, Président de l’OMDH, soulignant qu’ils ont tout d’abord effectué une visite de terrain chez les condamnés (femmes et hommes) à la peine capitale qui se trouvent principalement dans trois établissements pénitentiaires à savoir la prison locale de Tanger (2%), prison centrale Moul Bergui (31%) et la prison centrale de Kénitra (67%).

Le premier constat de cette étude, explique notre interlocuteur, est que, premièrement, « la famille des détenus ou ceux déjà condamnés à la peine capitale, se retrouve privée de la personne qui la prenait en charge d’habitude et cela mène à l’interruption des études des enfants, troubles psychiques chez les enfants et mène aussi à ce que ces enfants haïssent la société et souhaitent se venger d’elle surtout qu’ils ont été privés de leur papa ou maman ».

Deuxième point, poursuit Boubker Largo, « ce condamné à la peine capitale, en attendant son exécution, reste en prison, mais ne peut pas voir ses enfants et même s’il lui arrive de les voir, c’est rarement en raison du manque de moyens financiers de la famille. Et cela redouble leur souffrance: Ils sont en détention pour une longue durée, durant laquelle ils sont privés de leurs enfants ».

Cependant, « quel est le destin des enfants dont l’un des parents est condamné à la peine capitale ?, s’interroge notre interlocuteur. « L’Etat doit prendre en charge cette catégorie », estime-t-il.

« Oui en effet l’Etat a puni le criminel, mais la question qui se pose est qui va prendre en charge ses enfants alors que leur statut est pire que les orphelins ? Et du coup, il faut trouver une solution à ces enfants qui sont dans ce cas de figure innocents puisqu’ils n’ont pas commis le crime dont il se retrouve victime », souligne le président de l’OMDH.

Cette initiative est une sorte d’attention envers ces enfants,  dont personne ne parle dans la société, indique Boubker Largot. « Il y a eu plusieurs essais dans d’autres pays sur l’impact de la peine capitale sur les familles, parce qu’elles sont considérées comme victimes collatérales. Et dans ce sens, l’instance de réconciliation a dédommagé plusieurs enfants victimes dans le cadre des disparitions forcées, des décès ou des détenus qui sont morts en prison, et il y a eu une prise en charge de leur enfant. Et cela nous a donné l’idée de nous pencher sur cette catégorie d’enfants », affirme-t-il à Hespress Fr.

Dans le rapport réalisé par l’OMDH et l’AMDH sur la situation de 51 individus condamnés à mort et qui sera remis prochainement, après finalisation, au Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), on append que 2% des condamnés à la peine capitale sont des femmes tandis que 98% sont des hommes, tous de nationalité marocaine.

En ce qui concerne la tranche d’âge, le rapport indique que le nombre des détenus âgés entre 20 et 30 ans s’élève à 10% tandis que ceux âgés entre 40 et 50 ans à 29% et ceux âgés entre 60 et 70 ans représentent uniquement 8 %.

Du côté de leur niveau scolaire, 11% n’ont aucun niveau scolaire, 4% sont analphabète, 27% n’ont pas dépassé le primaire, 24 % le collège, 18% le lycée et 16 % l’université. En ce qui concerne leur situation sociale, 4% sont des veuves, 29% sont mariés, 10% sont divorcés et 57% célibataires.

Le rapport souligne pareillement que 38% des condamnés à mort ont un enfant, 38% ont 2 enfants, 6% ont 3 enfants, 13% ont 4 enfants et 6% ont 6 enfants. Dans ce sens, la Coalition marocaine contre la peine de mort (CMCPM) a exprimé son souhait de voir le CNDH établir un mécanisme de suivi afin d’assurer la protection requise à ces enfants ainsi que l’accès notamment à l’éducation et aux soins de santé.

Mais pas que ! La CMCPM a invité l’Observatoire national des droits de l’enfant (ONDE) à veiller au suivi de cette catégorie, sachant qu’il représente un instrument efficace de mise en application de la convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant, ratifiée en 1993 par le Maroc.

Le collectif a également plaidé en faveur de la ratification du deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, se disant fier de voir les condamnés à mort bénéficier de la grâce royale.

Croyez-le ou non : la nostalgie du « c’était mieux avant »