Moha Hajjar et les écoles de la mission française au Maroc 

17 Nov 2019 à 09:00 Education
Moha Hajjar et les écoles de la mission française au Maroc 

Dans le cadre d’une étude scientifique, le professeur de mathématiques à la Faculté des sciences techniques (FST) d’Errachidia, Moha Hajjar, a mené une enquête chiffrée sur la politique éducative des écoles des missions françaises au Maroc de 1956 à nos jours. Les conclusions de l’étude méritent réflexion.

Tout le monde s’accorde pour dire que l’éducation et l’enseignement ont atteint leur plus bas niveau au Maroc et que la politique publique ne produit que des échecs successifs. La recherche conduite par le professeur universitaire Moha Hajjar conclut notamment qu’il y a exactement 200 familles au Maroc, qui auraient « monopolisé » l’éducation de leurs enfants dans ces écoles de mission françaises depuis l’indépendance.

L’universitaire note une écrasante majorité originaire de Fès, Rabat et Salé avec la présence de quelques familles de classes populaires qui ont pu pénétrer dans ces institutions. Ces dernières restent une minorité, selon l’étude, par rapport au nombre des familles présentées comme « issues de la bourgeoisie citadine ». Ces 200 familles, explique le professeur, sont les mêmes qui ont « exercé » une influence politique et financière au Maroc de l’indépendance à nos jours.

Moha Hajjar

Moha Hajjar a retenu ces noms de famille à partir du site Web de l’ambassade de France au Maroc, qui rend public les noms des diplômés de ses écoles de mission depuis leur création. « Nous trouvons les mêmes noms présents dans la place boursière, les conseils d’administration des grandes institutions financières, des bureaux politiques de partis dits +historiques+ et de tous les établissements d’influence financière et politique », commente l’auteur de cette étude.

Le mathématicien revient sur la politique d’arabisation lancée dans la deuxième moitié des années 1980 par le gouvernement Laraki. « Une conspiration contre les classes moyennes pour qu’elles se cantonnent dans leurs frontières sociales et ne constituent pas une menace de classe pour les enfants de ces 200 familles », selon lui.

Premier ministre de 1986 à 1992, Azzeddine Laraki est ainsi critiqué par l’universitaire de la FST d’Errachidia pour avoir « lancé l’appel à arabiser l’éducation, tout en excluant étonnamment les membres de sa famille de cette +réforme+ historique ». Son parti politique, l’Istiqlal, qui a mené de féroces batailles pour la défense de l’arabisation de l’éducation et de l’école publique, « a généralement fait appel aux écoles de la mission française pour éduquer les enfants des dirigeants », considère Moha Hajjar, pour qui « cela explique pourquoi ces enfants, une fois devenus responsables publics, bégaient chaque fois qu’ils se retrouvent obligés de donner leur allocution en arabe ».

Dans son étude, le professeur universitaire analyse également la politique de l’État français d’établir des écoles de mission dans de nombreux pays où vivent leurs ressortissants. « Ce n’est pas une décision qui répond à une extravagance intellectuelle, mais bien une prise de conscience profonde de la nécessité de préserver la langue et la culture des Français à l’étranger avec la prémunition d’être de pénétration d’autres langues et cultures », dit-il.

Azzeddine Laraki

« C’est la responsabilité éducative et culturelle française qui a conduit à l’allocation de budgets énormes pour assurer l’éducation publique des Français établis à l’étranger, en plus d’attirer les enfants de l’élite et les familles marocaines +de poids+ dans le giron de la langue et de la culture françaises, car ces élèves seront le meilleur défenseur de cette langue et de cette culture dans leur pays », distingue Moha Hajjar.

Il invite ceux qui le lisent à prendre connaissance d’un rapport lu devant l’Assemblée nationale (le Parlement français), et qui dit que « l’école multiculturelle francophone reste la base, car demain tout enfant éduqué sera un homme qui viendra servir la France ». Ce document lu devant les députés français prévoyait en outre que « beaucoup d’élèves étrangers seront dans le cercle des futurs influenceurs dans leur propre pays et seront donc [nos] alliés ».

Dans cette même grille d’analyse, Le « Programme éducatif sous le Protectorat français et espagnol » de l’universitaire et chercheur Ahmed Zoukari parle de l’objectif d’attirer les enfants des élites marocaines pour étudier sous l’aile de la mission française. « Il s’agit de remettre à plus tard toute remise en cause des intérêts français », expliquait notamment le chercheur.

  • L Moughli

    Ce serait intéressant d’étudier le comportement de Dr Azeddine El Iraki avec les étudiants en médecine d’origine populaire quand il était professeur de pneumologie à la faculté de médecine de Rabat. C’était affreux.

    17 novembre 2019 à 17:11
  • Aguerd Mustapha

    Les mêmes familles de Fès, de Sale et Rabat qui dirigent le Maroc. Ils bénéficient de tous les avantages. Ces familles luttent acharnement pour détruire la langue et la culture amazighes. Ces familles dans leur majorité, s’opposent à tout ce qui est authentique et favorisent tout ce qui est étranger.
    C’est une étude de valeur.

    18 novembre 2019 à 20:11
  • Mbarek

    Véritable analyse. Bon courage

    18 novembre 2019 à 23:11
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3 Commentaires
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