Digitalisation du secteur de la santé, une arme à double tranchant ?

22 Fév 2020 à 11:22 High-tech
Digitalisation du secteur de la santé, une arme à double tranchant ?

La digitalisation des services ne concerne pas seulement l’économie, l’éducation, les TIC, etc., mais s’étend même au secteur de la Santé. Il est devenu chose normale de voir des bases de données contenant l’historique médical d’individus actuellement. De plus, les réseaux sociaux contribuent aussi au développement de la numérisation de ce secteur vital, mais cela peut bien s’avérer être une lame à double tranchant.

Les plus grands noms de la Tech dans le monde se sont lancés dans des chantiers tournant autour du secteur de la Santé. Que ce soit Facebook, Google ou encore Amazon, il est chose normale de voir ces noms associés à différentes avancées technologiques, que ce soit via l’intelligence artificielle pouvant prédire l’apparition de cancers, des applications permettant d’avoir un suivi quotidien de son état de santé, jusqu’aux prothèses bioniques pouvant remplacer des membres perdus.

Cela semble bien intéressant et profitable au bien de l’humanité jusqu’à présent, mais, vu qu’il y’a bien un « mais ». Le développement de ces innovations ne vient pas sans coût évidemment. Il faut bien que ces géants technologiques rentabilisent leurs projets à un moment, chose qui est tout à fait normale. C’est d’ailleurs dans ce sens que certaines plateformes numériques monétisent, soit explicitement ou implicitement, les données de leurs utilisateurs. Comment ? Il faut bien comprendre que rien n’est gratuit dans le monde, et encore moins sur le web.

En surfant sur le net, à la recherche d’informations pratiques sur la santé, de produits, etc., les utilisateurs se retrouvent parfois confrontés à des tests et autres demandent d’accès à leurs données personnelles, et de ce fait, de leur historique médical. Ces informations peuvent être exploitées par les géants du Net, afin d’établir un profil personnalisé de chaque individu et prédire son avenir médical. Cela peut être exploité par la suite par des laboratoires pharmaceutiques, fabricants de compléments alimentaires, de prothèses médicales, etc., afin de cibler les utilisateurs des plateformes digitales par des publicités personnalisées.

Une mine d’or qui n’attend qu’à être exploité

Selon les données du gouvernement américain pour la santé en 2018, les dépenses en soins de santé se sont établies à 3.65 milliards de dollars. Un chiffre colossal pour un marché qui ne cesse de croitre. Aux USA, il existe des bases de données avec les informations médicales de millions de patients, pouvant être accessible à n’importe quel moment par les organismes et spécialistes de la Santé, afin de réduire le temps de traitement des dossiers.

Cela est bien pratique, mais s’impose en tant que lame à double tranchant, puisque ces données peuvent être aussi exploitées par d’autres professionnels du secteur, qui ont des aspirations plus « concrètes » si ce n’est autre chose.

Toutefois, en plus de l’aspect monétaire de la chose, ces entreprises peuvent utiliser ces données afin d’établir un profil complet ou approximatif des patients. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) indique dans ce sens qu’il s’agit principalement d’établir les « circonstances dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent ainsi que les systèmes mis en place pour faire face à la maladie ». Pour comprendre cela, l’exemple le plus simple à prendre est celui des tests sur les réseaux sociaux, invitant les internautes à répondre à des questions concernant leur état de santé mentale, prise de poids, diabète, etc. Si cela parait inoffensif à priori, rien n’est fait au hasard, puisque les données recueillies peuvent utiliser afin d’établir un profil type des utilisateurs, pouvant être exploitées par la suite.

Qu’en est-il au Maroc ?

Une source aux USA nous a indiqué que, contrairement au pays de l’Oncle Sam, le Maroc ne dispose pas encore de base de données avec ce genre d’informations. « Cela est dû au fait que la culture de la digitalisation des services, et même l’utilisation d’applications intelligentes dans ce secteur, ou en général, n’est pas encore à un stade important ».

Ce constat est d’ailleurs partagé par le Dr Said Afif, président du Collège syndical national des médecins spécialistes privés (CSNMSP), qui nous a déclaré qu’il n’existe pas de base de données du genre au royaume. « Il faut comprendre qu’il y’a d’abord un point important, notamment celui du secret professionnel entre médecins et patients. De plus, un chantier similaire devrait être piloté par des entités spécialisées, à l’image de l’Agence Nationale de l’Assurance Maladie (ANAM) », nous a expliqué le président du CSNMSP.

Contactée par Hespress FR, une source bien informée au sein du ministère de la Santé nous a expliqué qu’un chantier similaire a été discuté par le passé, mais que cela est loin d’avoir été lancé. De plus, notre interlocuteur nous a expliqué que seules la CNSS et la CNOPS ont entamé la voie du digital, à partir de 2006, ce qui démontre le retard de la digitalisation du secteur.

Par ailleurs, notre source nous a déclaré qu’« en l’absence d’un cadre juridique pouvant encadrer les spécificités techniques du secteur, ainsi que la formation d’un personnel compétent pouvant exploiter son savoir médical ainsi que des nouvelles technologies, nous ne pouvant pas aspirer pour le moment pour la mise en place d’un chantier aussi important que celui de la digitalisation de la Santé au Maroc ».

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